CAMILLE

Nina Meurisse dans Camille

Camille est un film bouleversant. Le réalisateur nous entraine sur les pas d’une jeune femme, photographe de 25 ans, Camille Lepage, qui après avoir vécu un an au Sud Soudan pour l’AFP a décidé de devenir indépendante. Elle est pétrie d’idéal et s’intéresse à la Centrafrique qui vient de basculer dans la guerre civile. Lorsqu’elle arrive à Bangui en 2013, la Séléka, coalition de rebelles majoritairement musulmans, a pris le pouvoir et fait régner la terreur. Les Anti-balaka se sont organisés en réaction. Camille se rapproche de l’un de ces groupes. Elle photographie l’horreur, la violence, les massacres. Elle n’est pas préparée à la folie de la guerre. Elle rentre chez elle épuisée pour fêter la fin de l’année en famille mais décide de repartir en février 2014 alors que toute la presse a déjà quitté la Centrafrique. En suivant un jeune chef anti-balaka dans ses patrouilles, elle trouve la mort à la frontière du Cameroun dans une embuscade. Elle a 26 ans. 

Camille de Boris Lojkine

« C’est une fille qui a dû partir au bout du monde pour se trouver. Une fille qui s’intéressait à des populations lointaines, comme moi. Elle était partie faire du photojournalisme, mais elle ne voulait pas être comme ces photographes de guerre qui zappent d’un conflit à l’autre et ne passent dans un pays que le strict minimum de temps pour en rapporter des photos choc. » C’est ainsi que Boris Lojkine présente Camille, l’héroïne de son deuxième long métrage de fiction (après Hope, 2014) et témoigne de sa proximité avec elle. Il a choisi pour son film de mêler la réalité et la fiction avec toujours, dit-il, « le souci de respecter une triple vérité : la vérité de Camille, la vérité de ce qu’est le métier de photojournaliste et la vérité des événements de Centrafrique au milieu desquels se déroule notre histoire ». Lorsqu’il décide de s’intéresser à elle, en 2016, il doit d’abord convaincre la famille de Camille Lepage. Des légendes ont circulé sur les circonstances de sa mort, jamais élucidées. Maryvonne, sa mère (incarnée par la merveilleuse Mireille Perrier), réticente au départ d’imaginer sa fille sous les traits d’une comédienne, finit par faire confiance au réalisateur et lui donne accès à l’ensemble des photos et des notes de Camille. 

Tournage du film « Camille » de Boris Lojkine en Centrafrique.
Nina Meurisse, actrice (Camille Lepage) lors du tournage d’une scène de lynchage à Bangui.

Boris Lojkine a reconstitué le parcours de Camille Lepage en Centrafrique en effectuant un gros travail d’enquête, soucieux de ne pas la trahir. Il se sent très proche d’elle, de sa manière de concevoir le métier en se mettant au service de la population, en vivant avec elle, loin des hôtels internationaux ou des villas d’expatriés. Il décide de tourner en Centrafrique, « la moindre des chose était de tourner sur place ». Il organise des casting sauvages dans les quartiers, à la fac, au stade de foot. Il voit entre trois cent et quatre cent personnes. En amont du tournage, il monte, en 2016, des stages d’initiation à la réalisation documentaire d’où une dizaine de stagiaires formés travailleront ensuite sur le film. Leurs présences, mêlées aux techniciens européens, a beaucoup aidé au tournage, l’a enrichi et facilité des négociations avec les autorités. A terme, ces ateliers vont conduire à la création d’un pôle audiovisuel pérenne.

Le visage rieur de Camille Lepage qui avait frappé le réalisateur lorsqu’il a découvert sa photo dans le journal, tellement solaire, en contraste absolu avec les horreurs qu’elle a photographiées, s’est fondu pour nous dans celui d’une comédienne incroyable : Nina Meurisse. Son sourire, sa joie enfantine, son humanité, son regard à la fois tendre et têtu, son optimisme, son énergie, son courage…Tout est contenu dans le jeu de Nina Meurisse, justement couronnée du Prix de la meilleure actrice au Festival d’Angoulême. Le réalisateur a trouvé dans la comédienne, outre sa ressemblance physique avec Camille Lepage, « une grande force morale, une véritable intériorité, une profondeur » qui sont quelques unes des belles qualités qui habitent visiblement son personnage. 

L’implication de Camille Lepage en Centrafrique, Boris Lojkine la transmet avec force. Il reconstitue avec réalisme, mais sans aucun voyeurisme, la sauvagerie des scènes de foule, des exactions, la violence qui s’est emparée du pays. En mêlant les vraies photos de la reporter aux images du film, on comprend avec quelle précision le réalisateur a travaillé à la reconstitution tant des situations que des visages des hommes et des femmes que Camille a croisés, avec qui elle a pour une part vécu. Les regards de la photographe et du réalisateur ne font plus qu’un.

Le film dit aussi l’impasse dans laquelle la jeune fille avait conscience de s’être engouffrée. En pensant pouvoir briser les frontières entre elle et les autres, malgré les recommandations faites par l’un des journalistes qu’elle côtoie sur place (Bruno Todeschini, formidable !), elle est sans cesse renvoyée à son statut de blanche, de femme, d’ancienne colonisatrice. 

Nina Meurisse dans Camille

Elle est une belle personne qui parvient toutefois à établir de vraies relations avec quelques révoltés qu’elle côtoie. Des scènes magnifiques de douceur sont proposées, en particulier avec d’autres femmes, lors d’un moment de toilette ou d’un repas qu’une mère a cuisiné pour elle ou encore de recueillement après l’assassinat de la jeune Leïla, l’un des personnages imaginés par le réalisateur pour construire son scénario. La bonté, l’humanité qui se dégagent de ces moment s’opposent radicalement à la violence des vengeances qui massacrent chacune des parties en guerre.

« Même si on me verra toujours comme une blanche, même si je suis dans une guerre qui n’est pas la mienne, j’ai le sentiment d’être ici à ma place », avait écrit Camille Lepage. Sa courte vie l’aura autorisée à cette certitude.

L’association « Camille Lepage – On est ensemble », fondée en septembre 2014 par la famille proche de Camille, ses parents et son frère, a pour but de promouvoir la mémoire, l’engagement et le travail de Camille, mais aussi de contribuer à la protection de photojournalistes travaillant dans les zones de conflit. Chaque année, l’association remet lors du festival Visa pour l’image à Perpignan un prix à un photojournaliste dont le travail témoigne d’un engagement personnel fort dans un pays, auprès d’une population ou pour une cause. 

Camille, un film de Boris Lojkine, France/République centrafricaine, 2019, 90’.

 

PAPICHA

Qu’est-ce qu’une Papicha ? Dans le vocabulaire algérois, papicha désigne une jeune femme drôle, jolie, libérée. Mounia Medour met en scène, dans son premier film de fiction, une bande de papicha, une bande de filles dans l’Algérie des années 90, période qualifiée de « décennie noire » ou de guerre civile algérienne, pendant laquelle le mouvement islamiste algérien, mené d’abord par le FIS (Frot Islamiste du Salut), tente d’imposer ses lois et ses valeurs.

Le film s’ouvre sur une scène fondatrice : Nedjma et son amie Wassila s’échappent à la nuit de leur cité universitaire pour s’engouffrer dans le taxi qui les attend. Les étudiantes sages, en jogging, opèrent alors dans la voiture leurs mues en « belles meufs », enfilant des robes scintillantes, maquillant leurs yeux et leurs bouches, fumant des cigarettes. Elles passent miraculeusement à travers un barrage de police grâce aux voiles dont elles recouvrent rapidement leurs cheveux. Le décor est planté : il faut transgresser les limites pour pouvoir être une jeune fille libre dans ce pays, à cette période.

La fin de l’insouciance est le thème de ce film qui met le corps des femmes au centre de son propos. Nedjma est une  styliste en herbe. Elle fabrique des robes qu’elle vend à ses copines dans les toilettes d’une boite de nuit où elles se retrouvent pour danser. Filmées au plus près de leurs visages et de leurs gestes, elles aiment la vie, les garçons, la rigolade et l’amour. Puis, petit à petit, les femmes en hidjab sont partout : elle font irruption en patrouilles menaçantes dans les salles de classe, dans les chambres des filles, des affiches à leur image sont collées sur les murs de la ville comme unique modèle féminin puis sont placardées à l’intérieur de l’université. Une enceinte se construit, chaque jour plus haute, autour de la cité U pour « protéger » les étudiantes des tentations de la vie extérieure. Les reportages à la télé ou la radio témoignent des attentats quotidiens et des massacres perpétrés par les intégristes. Autant de messages anxiogènes d’une situation politique qui cherche à museler les libertés. Liberté de penser, liberté de circuler, liberté d’habiller son corps selon son goût ou la mode des magazines.

Les Papicha ont conscience des dangers qui les guettent mais décident de continuer à vivre leurs vies, de braver les interdits. Nedjma (extraordinaire Lyna Khoudri révélée dans « Les Bienheureux » de Sofia Djama en 2007 et actuellement à l’affiche de la série Les Sauvages sur Canal +) veut continuer à créer ses robes et n’envisage pas une seconde de quitter son pays, Wassila (formidable Shirine Bouteilla, youtubeuse au million de followers dans la vraie vie) soutient son amie et croit par ailleurs au grand amour, Karina (lumineuse Zahra Doumandji) rêve de quitter l’Algérie pour un Canada idéal; quant à Samira (incarnée par la slammeuse Amina Hilda), la seule religieuse d’entre elles, elle est magnifique dans ses contradictions, entre respect de la tradition et révolte contre la soumission.

L’assassinat de sa soeur Linda, exécutée à bout portant, pratiquement sous ses yeux et ceux de leur mère, par une femme voilée, fait basculer la vie de Nedjma (et le film). Linda a été supprimée car elle était journaliste et trop bien habillée. L’heure est à la résistance. Sa colère, sa rage tiennent la jeune styliste debout et guident sa détermination. Elle se lance dans un pari fou : organiser un défilé de mode dans la fac, en créant des robes coupées dans des haïks. Ce long morceau de tissu blanc, symbole de pureté et d’élégance, était devenu un symbole de la résistance nationale algérienne contre la politique coloniale française. Nedjma noircit ses carnets de croquis, crée des modèles tourbillonnants sans oublier la robe de mariée. Ce tissu symbolisera une nouvelle résistance, celui de la matière de robes qui dévoilent les corps, celui de l’étoffe à l’éclatante blancheur opposée au tissu noir des niqab provenant d’Arabie Saoudite. Les plans des mains de Nedjma, modelant avec patience et précision les tissus pour leur donner forme, sont magnifiques.

On ne racontera pas ici les obstacles et les victoires, les espoirs et les déceptions, les joies et les douleurs de ces jeunes femmes en colère. On dira en revanche, qu’il faut aller voir ce film, manifeste féminin, sinon féministe contre l’oppression des femmes, pour la liberté de leurs corps et de leurs destins. On s’insurgera contre quelques critiques cinématographiques qui font à ce film des reproches injustes : l’un l’accuse de ressembler trop à Mustang (tant mieux s’il existe un cinéma arabe féministe qui combat l’obscurantisme !), l’autre déplore son manque de recul et son énergie qui confinerait à la frénésie, un troisième dénonce des invraisemblances historiques, beaucoup trouvent ce film maladroit et trop démonstratif …. Mounia Medour a construit un scénario en partie autobiographique, choisissant d’abandonner son expertise de documentariste, au profit de la fiction. Elle a tourné en Algérie, pays qui a pourtant, à ce jour, annulé la sortie du film dans ses salles. Le choix de faire parler les personnages en « françarabe », un mélange d’arabe et de français, donne aux dialogues un rythme et une vérité tonique.  L’énergie frénétique qui est reprochée à la réalisatrice permet, au contraire, de nous raconter un moment de l’histoire de son pays à travers les yeux d’une jeune femme dont la beauté éclatante est son principal défaut aux yeux des intégristes. Même si ce film n’est pas retenu comme un grand film dans l’Histoire du cinéma, l’émotion qu’il réussit à nous procurer relègue loin les questions d’éventuelles maladresses ou d’incohérences historiques. Nous nous réjouissons de savoir Papicha représenter l’Algérie aux Oscars 2020.

 

Papicha, 105 min – France, Algeria, Belgium, Qatar – 2019

Sélection Un certain regard, Festival de Cannes 2019

Meilleur scénario, meilleure actrice, Prix du public, Festival du film francophone d'Angoulême 2019

BETTY MARCUSFELD, un documentaire de Martine Bouquin

Qui est Betty Marcusfeld ? C’est à cette interrogation que Martine Bouquin répond dans son très beau documentaire. En quatre vingt dix minutes, elle reconstitue le parcours de cette jeune fille juive de 21 ans, arrêtée au printemps 1942 dans une rue de Paris occupé, alors qu’elle se promenait avec une amie sans porter l’étoile jaune obligatoire. Cette infraction va lui coûter la vie et c’est dans cette courte vie que nous plonge ce film.

Betty est la tante de la réalisatrice. On ne parlait pas d’elle dans la famille.  C’était « la disparue » dont on savait seulement qu’elle avait été déportée. Martine Bouquin questionne et décide : « Qui était-elle ? Il fallait essayer de tracer son portrait… ». 

En partant de l’album de photos et de quelques archives familiales, à la faveur de recherches méthodiques dans les salles d’archives (Archives nationales, Archives de la Préfecture de Police, Archives de Paris), l’enquête permet de retracer le chemin parcouru depuis l’arrestation de Betty, le 7 juin 1942, jusqu’à sa disparition. 

Les informations se précisent : Betty a été détenue au camp des Tourelles pendant treize jours puis déportée à Drancy. Martine Bouquin a retrouvé la liste des femmes emprisonnées avec sa tante. Deux informations sont bouleversantes : la première révèle qu’une certaine Dora Bruder, héroïne du roman éponyme de Patrick Modiano, était l’une des camarades d’infortune de Betty. La seconde nous apprend que des femmes « aryennes » étaient internées aux Tourelles pour avoir porté l’étoile jaune (ou des étoiles « fantaisistes » d’autres couleurs ou avec des inscriptions variées), par solidarité avec leurs « amies juives ».  Grâce aux Mémoires publiées par l’une d’elle, nous imaginons le quotidien de Betty dans cette vie recluse. Un rapport de la police judiciaire décrit de manière glaçante le transfert vers Drancy en autobus, le 13 août 1942, de quatre cents femmes, la plupart juives comme la jeune Betty accompagnées de leurs « amies aryennes ». La réalisatrice choisit de refaire le trajet en bus aujourd’hui, passant non loin de la gare de Bobigny, station des Chemins de fer français d’où s’ébranlaient les convois de déportés vers les camps de la mort.

Avec une belle économie d’images et de documents – photos et films familiaux, images de Paris aujourd’hui, interviews de quelques témoins, dessins, textes publiés- Martine Bouquin raconte Betty à la première personne, se met en scène et parvient ainsi à nous la rendre très proche. Elle superpose sa vie à la sienne dans les lieux de leurs enfances respectives. Elle superpose aussi la photo de Betty au portrait qu’elle dessine au fusain de la jeune fille,

pour mieux la retrouver. Elle parvient, à travers l’histoire de sa tante, à recoller des morceaux de son histoire familiale tout en laissant ouvertes beaucoup de questions, de suppositions sur la jeunesse de Betty avant son arrestation. Les cours qu’elle prenait dans une Ecole de soins esthétiques nous indiquent qu’elle était probablement une jeune fille coquette, libre et, nous l’espérons amoureuse, comme on l’est à 20 ans. 

Betty a passé près d’une année à Drancy. La famille n’a pas réussi à la faire libérer. Grâce à des gouaches criantes de réalisme auxquelles Martine Bouquin a eu accès, aux photos en noir et blanc des immeubles années 30 de cette cité inachevée destinée initialement à « offrir aux classes populaires de banlieue, confort moderne et hygiène », transformée en antichambre de Pichipoï,, l’ombre de Betty hante Drancy.

Ensuite, sa trace se perd, malgré des recherches jusqu’en Allemagne. Nous apprenons néanmoins qu’elle est morte du typhus à Auschwitz, dix mois après son arrivée, le 2 mai 1944. Elle venait d’avoir 23 ans.

L’expérience de chef-monteuse de Martine Bouquin (elle a travaillé notamment avec Benoit Jacquot, Edgardo Cozarinsky, Raul Ruiz, Francesca Comencini, Jean- André Fieschi, Philippe Collin ou François Caillat…) procure indéniablement à la réalisatrice cette grande maîtrise des divers matériaux qu’elle rassemble. Betty Marcusfeld réalisé en 2015 clôt un triptyque qu’elle avait inauguré avec Les récits de la guerre » (2013) et poursuivi avec Baba (2014). J’ai eu le plaisir de programmer ces trois films dans le cadre de Mémoire familiale au Musée d’art et d’histoire du Judaïsme.

Saluons les propositions audacieuses du cinéma Saint André des arts qui contribuent régulièrement à documenter la disparition des Juifs d’Europe, témoins les présentations récentes des documentaires Les Yatzkan, d’Anna-Célia Kendall  et Natan, Le fantôme de la rue Francoeur de Francis Gendron avant Betty.

Je présenterai la première projection de Betty Marcusfeld, le mercredi 9 octobre à 13 heures, jour de Yom Kippour, hasard des impératifs des programmations qui débutent tous les mercredi !

BETTY MARCUSFELD, documentaire, France, 2015, 90’

du 9 octobre au 5 novembre, séances à 13h en présence de la réalisatrice et de ses invités :

9 octobre : Corinne Bacharach, Mahj de 2000 à 2017, 10 octobre : Thierry Garrel, « Chevalier documentaire », 11 octobre : Katy Hazan, OSE (Œuvre de Secours aux Enfants), 12 octobre : Norma Guevara, Festival International de Films de Femmes (Créteil),13 octobre : Antoine de Gaudemar, société de production audiovisuelle Folamour, 14 octobre : Nicole Dorra, « Ciné-Histoire », 16 octobre : Benoît Jacquot, cinéaste 17 octobre : Galith Touati, association « L'enfant et la Shoah - Yad.Layeled», 18 octobre : Claude Guisard, INA jusqu’en 1999, 19 octobre : François Caillat, cinéaste, 20 octobre : Ginette Kolinka, auteur de Retour à Birkenau (Grasset, 2019), 21 octobre : Natalie Balsan, dessinatrice, peintre, graveur, 29 octobre : Béatrice Commengé, écrivain, 5 novembre : Joseph Morder, cinéaste 

Cinéma Saint-André des Arts  30, rue Saint André des Arts, Paris 6e, Métro/RER Saint-Michel & Odéon 

Bernard Natan, bouc émissaire du cinéma français 

 

Bernard Natan

Le Cinéma Saint André des Arts à Paris se distingue par sa programmation audacieuse, contribuant régulièrement à documenter la disparition des Juifs d’Europe. Après avoir présenté Les Yatzkan, documentaire d’Anna-Célia Kendall en novembre dernier et avant la programmation du beau film de Martine Bouquin Betty Marcusfeld, à partir du 9 octobre prochain, le documentaire de Francis Gendron Natan, Le fantôme de la rue Francoeur est à l’affiche.

Ce documentaire a une grande vertu : celle de réhabiliter Bernard Natan, né Natan Tanenzapf en 1886, originaire de Jassi, en Roumanie, arrivé à Paris en 1906 pour fuir les pogroms, comme nombre de Juifs d’Europe orientale et sans doute tenter de réaliser le rêve du dicton yiddish « Vivre comme un Dieu en France ». 

Engagé comme chimiste chez Pathé, il inaugure en 1927 les studios de cinéma de Montmartre et prend, en 1929, la tête de la société pour lui redonner l’élan que son fondateur, Charles Pathé, avait progressivement perdu. A la tête du groupe rebaptisé Pathé-Natan, installé rue Francœur à la place occupée aujourd’hui par la Fémis, le nouveau directeur propulse « la firme au coq » dans une vaste réorganisation industrielle. Il construit le plus grand réseau de salles de cinéma qui accueille chaque semaine plus de 500 000 spectateurs dans des salles sonorisées et modernisées, produit plus de 65 longs-métrages de fiction avec les meilleurs réalisateurs dont Abel Gance, René Clair, Raymond Bernard, Jean Grémillon, Jean Vigo, modernise les studios pour les adapter au cinéma parlant. Le succès est si évident que la Revue cinématographique française lui consacre un numéro spécial en 1934 : « Une grande firme, un chef, Bernard Natan ». Si Natan contribue à developper son empire tant du point de vue technique, qu’artistique ou économique, il fait figure de visionnaire en saisissant très vite l’importance  du marketing et de la communication. Il relance le Pathé Journal et comprend qu’il faut parler directement aux spectateurs. Il fonde le magazine L’image confié à Roland Dorgelès puis Le Cinéma partout et pour tous destiné aux abonnés du format 9.5 mm (Pathé Kid). Il ouvre régulièrement les studios au public pour mieux l’associer au processus de fabrication des films.

Entreprenant, Natan cherche inlassablement des financements supplémentaires pour éviter les problèmes de trésorerie. Fin 1932, la crise économique et sociale frappe à son tour la France et entraîne la baisse de fréquentation des salles, déclenchant un marasme dans le cinéma français. En 1935, un coup mortel est porté au groupe par le Crédit du Nord qui refuse de lui accorder les crédits saisonniers.  

Bernard Natan dans l’exposition Le Juif et la France 1942-43

Décrié par Charles Pathé qui n’exerce plus qu’un pouvoir de nuisance et par une partie de ses actionnaires, jalousé par certains professionnels, calomnié par la presse d’extrême droite qui l’accuse d’enrichissement personnel, Natan est contraint à la démission en 1935. Les campagnes antisémites se déchaînent menées par les « distingués cinéphiles » Lucien Rebatet, Maurice Bardèche et Robert Brasillach. Natan est frappé de déchéance de nationalité en mars 1942. Le 23 septembre, il est saisi par la police de Vichy puis remis aux autorités allemandes de Drancy. Le 25 septembre, il fait parti du convoi n° 37 parmi les 1004 Juifs français et étrangers à prendre la destination d’Auschwitz. 

Il était devenu « le Juif le plus haï de France », enfermé dans la légende de l’escroc juif pornographe qui l’a longtemps poursuivi. 

Ce précieux documentaire apporte les témoignages des petites filles de Natan et de témoins, tels les décorateurs Lucien Aguettand et Max Douy, les réalisateurs Marco de Gastyne et Raymond Bernard ou le comédien Charles Vanel.  Au Mémorial de la Shoah, face au Mur des Noms où est inscrit celui de Natan Tanenzapf , Serge Klarsfeld apporte son éclairage sur les fondements de la haine à l’encontre de cette grande figure de l’industrie du cinéma français.

Natan, Le fantôme de la rue Francoeur 
Documentaire, France, 60 mn

Cinéma le Saint-André des Arts 

Du mercredi 19 juin au lundi 1er juillet 2019 : tous les jours à 13h sauf le mardi 25 juin
Dernières séances les mardis 9 et 16 juillet à 13h
Rencontres avec le réalisateur et/ou ses invités à l'issue de chaque séance
30, rue Saint-André des Arts 75006 Paris 


 

Douleur et Gloire d’Almodóvar

Il est des films où le générique arrive comme un arrachement : le dernier film de Pedro Almodóvar est de ceux-là. On quitte la salle les larmes aux yeux. On aimerait que la séance recommence pour repartir dans cette beauté.

Douleur et Gloire est son titre, un rien pompeux, l’inverse de ce film magnifique.

Antonio Banderas

Ce que nous offre le cinéaste est une évidence, un flot puissant et apaisé, le contraire d’une démonstration hystérique ou narcissique. Il nous invite à l’accompagner dans une revisitation de (son) existence où grands bonheurs et grandes douleurs, vieillesse et maladies, absence et amour, inspiration et léthargie vont nous tenir, comme le personnage au début du film, entre deux eaux (d’une piscine), pour mieux nous faire sortir d’un bain qui aurait pu nous engloutir.

Antonio Banderas (Salvador)

Antonio Banderas incarne Salvador Mallo, l’alter ego d’Almodóvar, bien mal en point lorsque nous le rencontrons au début du film. Son inspiration est en panne. Son corps a vieilli et ses douleurs lombaires rendent ses gestes précautionneux au point de s’aider d’un coussin lorsqu’il doit s’agenouiller. Il s’enferme dans son magnifique appartement madrilène dont les couleurs éclatantes ne parviennent pas à le sortir de sa grisaille mentale. Sa gouvernante veille sur lui, mais sa bienveillance ne suffit pas à lui rendre la vie plus douce. Il semble avoir renoncé. Sauf à se souvenir. 

Asier Etxeandia (Alberto)

Il consent toutefois à renouer avec Alberto (Asier Etxeandia), comédien de l’un de ses premiers films. La projection d’une copie neuve à la Cinémathèque serait l’occasion de s’y retrouver pour une présentation. Ce prétexte va remettre Salvador en marche, doucement, pas immédiatement sur la ligne droite, car la drogue (l’héroïne) va s’inviter quelque temps comme médication possible.

Penélope Cruz

La substance va aider Salvador à rêver à son enfance, à ce petit garçon prodige à la voix d’or, si doué qu’il apprendra à lire, écrire et compter à un jeune maçon analphabète. Dans la maison troglodyte, son refuge, il est illuminé par les murs blanchis à la chaux comme par les livres qui l’aident à dépasser la misère ambiante. La mère qui traverse les souvenirs de cette époque est radieuse et compréhensive, même si elle veut obliger « Salva » à aller au séminaire pour faire les études qu’elle ne peut lui offrir. Pénélope Cruz incarne cet idéal, irradiante de joie et de volupté lorsqu’elle chante avec ses copines en étendant le linge dans l’herbe après la lessive. Une scène d’une beauté, d’une gaité et d’une sensualité absolues. 

Antonio Banderas et Leonardo Sbaraglia

Si « Salva » souhaite disparaitre comme auteur du texte « Addiction » qu’il offre à Antonio pour l’interpréter sur scène, l’empreinte qu’il laisse chez les autres est plusieurs fois décelée. Elle éclate dans les propos de son ancien amant, Federico (Leonardo Sbaraglia), qui le retrouve des années après leur douloureuse séparation. Federico dit sa gratitude à Salvador de l’avoir aidé à devenir qui il est devenu. Leur baiser de retrouvailles et d’adieu est un autre moment inoubliable de ce film. 

Mercedes (Nora Navas) et Salvador Mallo (Antonio Banderas)

Ce baiser agit comme un révélateur. Il permet à Salvador de se reprendre en mains. Il ira revoir son médecin, en compagnie de sa fidèle et dévouée assistante Mercedes (Nora Navas). Il fera la liste de ses divers maux (migraines, lombalgies, acouphènes, dépression, addiction..) et passera un scanner pour comprendre la cause de ses étouffements fréquents. Il est rassuré et c’est la fin du renoncement. La fin d’un cycle qu’il devait probablement accomplir après la mort de sa mère et une lourde opération du dos. Surtout après s’être confronté à cette « vraie » mère, incarnée par la merveilleuse Julietta Serrano. Elle n’a ni les traits ni les propos de la douce Penelope Cruz. Elle reproche sur son lit de mort à Salvador de « ne pas avoir été un bon fils » et le prie de ne pas figurer dans ses films, car… elle n’aime pas « l’auto-fiction ».

Juliette Serrano

Salvador/Almodóvar va transgresser (une nouvelle fois !) l’interdit maternel et se remettre enfin à écrire et à filmer. Son premier émoi sexuel va inspirer son nouveau film. Il peut d’autant mieux raconter cette histoire fondatrice qu’un hasard de la vie lui fait parvenir un portrait de lui enfant, dessiné par l’objet de son désir. La dédicace le remercie du rôle essentiel qu’il a joué pour lui…

Antonio Banderas et Pedro Almodovar

Comme si la vie rendait à Salvador ce qu’il avait réussi à donner.
Film testament ? Film bilan? Film tellement, merveilleusement humain

Douleur et gloire, Espagne, 112’, en salles depuis le 17 mai 2019

68, mon père et les clous

Lorsqu’en 2006, Samuel Bigiaoui décide de filmer des moments de vie à l’intérieur de la boutique de son père, il n’a pas de projet précis. Il aime Bricomonge, cette quincaillerie ouverte en 1983 par Jean Bigiaoui et son associé Claude Hagège, cinq ans après sa naissance, qui devient durant son enfance, « son terrain de jeu », comme il aime à le dire.  

Le petit garçon devient un élève brillant, agrégatif de mathématiques mais comprend vite que la question de l’espace comme prescripteur de sens l’intéresse au moins autant. Tout naturellement, il se tourne vers l’architecture, devenu depuis son métier, même s’il enseigne également les maths. Il aime le théâtre et le cinéma, s’inscrit un temps à des cours de théâtre mais finalement, c’est l’image qui prend le dessus et il réalise son premier film.

Monsieur Jean

Outre son intérêt pour le cinéma -que son père, très cinéphile et ancien assistant de Joris Ivens, lui a transmis- c’est l’annonce de Jean à Samuel, fin 2012, de vendre la boutique qui détermine le fils à faire un film sur « Bricomonge ». La vraie question que Samuel a décidé d’élucider est : pourquoi son père, agrégatif d’histoire, voué à une vie intellectuelle, militant au sein de la Gauche Prolétarienne après 68, dont tous les copains deviennent prof, journaliste, écrivain ou philosophe, décide à 40 ans, de s’associer avec un copain pour vendre (entre autre !) des clous ?

un client et Jean

Afin d’y répondre, Samuel Bigiaoui nous offre un documentaire formidable. Il comprend assez vite qu’il faut éviter plusieurs écueils dès lors qu’il prend pour sujet son père: ne pas faire un film de l’entre soi ni plonger dans une sauce psychanalytique. Il met en place, formation oblige, une architecture très subtile. Il pose tout d’abord le décor, celui de cette boutique : son ordre et son désordre dans lequel Jean se retrouve, ses employés fidèles – Zohra qui arrive le lundi matin avec les makrouts pour tout le monde, José, employé de la première heure venu du Portugal, Mangala, originaire du Sri-Lanka, reconnaissant éternellement à Jean de lui a obtenu ses papiers et Kuang venu de Chine-, ses clients, des habitués pour la plupart, qui viennent acheter qui une ampoule, qui une boite en plastique ou commander à José la coupe d’une planche de bois….Ce qui se passe dans la boutique n’a rien à voir avec nos courses aujourd’hui au sous-sol du BHV ou chez Leroy Merlin pour acheter les mêmes articles. Bricomonge c’est un monde, un forum, une place publique, une sorte de Tour de Babel où on échange, où on entend les accents, où on se souvient de la guerre en Afghanistan (celle de 1979),  où on résout le montage d’une bibliothèque, la couleur d’une toile cirée, où on boit un café, où on parle cinéma…

Zohra et Jean

Comme dit « la femme de Monsieur Jean » à la fin du film, la mère de Samuel, Bricomonge est une institution thérapeutique de quartier, où toutes les classes sociales peuvent s’y retrouver, tous les états psychiques aussi ». On voit Jean tout faire à la main : les écritures, les calculs (sa rapidité à la machine à calculer fascine !). Il ne se pose jamais en supérieur vis à vis de ses employés :  il étiquette les produits avec eux, balaie la boutique (pas longtemps, Zohra lui interdit de le faire), relance lui -même les clients qui ont laissé des impayés, sert les clients….On sent sa bienveillance et la solidarité qui règne dans les lieux , le « service » que ce commerce de proximité apporte à sa clientèle. Son ami Claude Eveno, écrivain et homme de radio, passe le voir : « On était au lycée ensemble. Puis ce qui nous a tenu à distance, c’est qu’il est devenu un militant de la Gauche prolétarienne et moi, pas du tout : j’étais plus proche des situationnistes. Cet homme qui a fait des études, a essayé de faire la révolution, qui a fait des films, qui fait semblant de jouer à l’épicier, qui peut savoir que c’est un dangereux subversif ? », s’amuse-t-il. « On voulait une société égalitaire (…), on a été naïfs. Ni honte, ni regret » !

Mangala, Jean et José

Dans un deuxième temps, Samuel passe derrière le comptoir, découvre  les sucres porte- bonheur qui sont dans la caisse et commence à interroger son père sur ce que la boutique représente pour lui…Il se heurte dans un premier temps aux mêmes résistances que son père avait manifestées lors de précédentes discussions, à la réserve profonde de Jean qui n’aime pas parler de lui et de sa période militante. Puis, petit à petit, en descendant dans les sous-sols, véritable antre de Jean, la parole se libère. Et nous apprenons, simultanément à Samuel, que Bricomonge représente pour l’ex militant de la GP un abri où il tient les tenants et les aboutissants de ce qu’il fait, sans supérieur hiérarchique, une façon d’être anonyme. Il se remémore les actions clandestines de son groupuscule d’extrême gauche, -« un travail à plein temps », précise- t-il- : l’attaque d’un magasin Fauchon, le vol de tickets de métro puis leur distribution aux passants après une augmentation brutale des tarifs, la traque de Touvier et surtout le kidnapping du numéro 3 de chez Renault en riposte à la mort de Pierre Overney (ouvrier et militant maoïste tué par un vigile de Renault en raison d’une action militante prévue). Jean constate qu’à l’époque toutes ces actions relevaient de questions politiques. Aujourd’hui, cela deviendrait des questions policières. Il explique combien à la sortie de cette « séquence », beaucoup de ses camarades ont été désemparés, sonnés, « comme quand on passe de la guerre à la paix ». Lui se sentait incapable de mettre ses pas dans la hiérarchie, dans l’institution dont il est phobique.  Créer une petite société lui a permis de recréer un monde qui, d’une certaine manière, incarnait sa vision économique, politique, sociétale, même si toute entreprise relève du capitalisme. Comme l’explique très bien son ami Daniel Weil, ancien espoir des mathématiques françaises passé par le militantisme et aujourd’hui à la tête d’une grosse entreprise de boucherie : « En 68 on était des marginaux et on l’est restés. Ça nous a mis en face de la possibilité et d’une impossibilité d’une action collective. Il a fallu s’inventer un chemin pour se frayer une vie. Il ne s’agissait pas de décision mais de pas successifs. »

Le film progressant, on ressent les difficultés économiques auxquelles Jean est confronté. Les riches heures de Bricomonge sont derrière lui. Cette quincaillerie qui marchait très bien commence à ressentir les conséquences d’habitudes de consommation qui changent, d’une clientèle des classes moyennes petit à petit chassée du centre-ville, en gros la fin d’une époque. C’est décidé, il va vendre. Bricomonge va devenir un supermarché.

Jean Bigiaoui

Avec beaucoup de tact, la caméra de Samuel caresse l’émotion des employés, les larmes de José et de Mangala, la stupéfaction des clients : «  Non c’est pas vrai, vous quittez ? Mais qu’est-ce que je vais faire sans vous, moi ? ». « Ce monde n’est plus tout à fait le nôtre », constate Jean, pudique.
Samuel suit le démantèlement du magasin jusqu’au bout. La dernière image est bouleversante : alors que Jean a été filmé tout au long du documentaire en huit clos, c’est comme si son corps se détachait du magasin lorsqu’on le voit s’éloigner dans la rue Monge, seul, comme Charlot partant  (sans Paulette Godard) à la fin des Temps Modernes. Libre et anonyme, finalement comme il aime.

68, mon père et les clous, documentaire de Samuel Bigiaoui, 84 minutes, France, 2017
Le film est en salles à Paris et en province depuis le 1er mai. Précipitez vous !!

M et Synonymes, des films en forme de cris

Deux film interrogent et bousculent la vision de la société israélienne. Il s’agit du documentaire de Yolande Zauberman M (en salles depuis le 20 mars) et de la fiction à fortes couleurs autobiographiques de Nadav Lapid, Synonymes (en salles le 27 mars).

Dans les deux cas, j’avoue avoir été relativement mal à l’aise lors de leurs visionnages, car ces deux films sont des cris. Les cris ne vous laissent pas indemnes puisqu’ils disent une souffrance. Et ces deux films puissants « travaillent » l’esprit longuement après les avoir vus.

M nous entraîne sur les pas d’un homme, Menahem, qui dès la première image, crie et chante ses blessures en yiddish sur une plage de Tel Aviv. Il se présente à la caméra de Yolande Zauberman et à nos yeux comme un pornokid, un enfant dévolu au « plaisir des autres hommes ». Nous prenons la route de Bneï Brak, une ville de 180 000 habitants à vingt kilomètres de Tel Aviv qui regroupe plusieurs communautés de Haredim (en hébreu les « Craignant-Dieu »), les plus ultra des ultra-orthodoxes. C’est là que Menahem a grandi et a subi plusieurs viols, enfant puis jeune adolescent, de la part de rabbins ou de professeurs à la yeshiva (maison d’études), qui gagnaient la confiance d’un garçon en déficit de tendresse paternelle. Dans la nuit de ce monde apparemment masculin (les femmes font des enfants et sont à la maison), dans la nuit qui rend l’atmosphère particulièrement intense, Menahem et la cinéaste partent à la recherche des violeurs et ce faisant nous invitent dans plusieurs conversations qui se nouent au fil de ces rencontres nocturnes. Il n’y a pas de retenus dans ce qui se dit, se révèle, et nous apprenons que le viol sur de jeunes enfants est, et a été, presque banal dans cette communauté, dans les lieux d’études ou dans les familles. Nous comprenons aussi que ces hommes, qui sont heureux de pouvoir en parler librement, sont obsédés par le cercle vicieux qui pourrait faire d’eux des violeurs. Nous comprenons enfin que pour beaucoup d’entre eux, dont Menahem, cette blessure, cette honte, ce silence, ont cabossé leurs vies à jamais et interrogé leur sexualité, la rendant éventuellement ambivalente : Menahem préfère les transsexuelles, confit-il à la caméra. 

 de Yolande Zauberman

Ce qui est très troublant dans ce film, c’est la beauté que Yolande Zauberman réussit à faire émaner de ce monde si fermé, celui des ses ancêtres, et le plaisir qu’elle a eu à les filmer, comme elle l’a raconté :  « Un plaisir insensé. Et tous les gens qui étaient avec nous ont eu un plaisir incroyable à marcher dans les rues, à être confronté à cette vitalité. Ce n’est pas un monde bourgeois, c’est un monde qui vit jour et nuit dans l’étude. Quand Menahem arrive et qu’il se met à chanter, tout le monde se met à chanter avec lui. Les gens n’ont pas de télé, pas de radio, pas de cinéma. Donc c’est ce qui se passe à la synagogue et dans la rue qui devient le spectacle. Je souriais tout le temps quand je filmais et ce sourire et le yiddish que je parle a été une porte d’entrée formidable. Ce monde, je le regardais de l’extérieur jusque-là. J’éprouvais une forme de fascination et en même temps de répulsion. En y entrant avec Menahem, c’est-à-dire à travers une blessure, c’est tout mon amour qui a pu s’exprimer. » Le malaise que j’ai ressenti en voyant ce film vient de là : la fascination de la réalisatrice pour ce milieu orthodoxe qui lui ouvre ses portes alors qu’elle documente des vies détruites, un monde où les hommes et les femmes sont tellement séparés par les lois du Talmud, un monde où finalement le plaisir est recherché dans la faute. 

Israël qu’évoque Nadav Lapid à travers son personnage, Yoav, jeune Israélien fraichement débarqué à Paris et aussitôt dénudé dans tous les sens du terme par le vol de ses affaires, est d’un autre ordre. Ce (beau) garçon, interprété par Tom Mercier, rêve d’une France idéale, qui pourrait le sauver de son pays dont il a décidé de fuir le destin. Il veut devenir français, comme l’empereur Napoléon qu’il idolâtre. Son amitié avec un couple de jeunes bourgeois un peu (pas vraiment) bohème, Emile et Caroline (Quentin Domaire et Louise Chevillotte), va l’aider à endosser ses habits neufs d’amoureux de Paris. Dans son grand manteau ocre, il traverse la ville les yeux baissés, la caméra n’osant pas rivaliser avec les maîtres de cinéma de Nadav Lapid (Godard, Carax, Truffaut…) à filmer la beauté de la ville. Ces yeux baissés représentent aussi pour le cinéaste le choix de son héros de ne pas voir mais de ressentir Paris.

Yoav acquiert très vite à son arrivée en France un dictionnaire français/français, refusant désormais de prononcer un seul mot en hébreu. Il invente sa «langue bizarre », comme la définit le personnage de Caroline et aime égrener les synonymes. C’est ainsi qu’il qualifiera Israël de « méchant, obscène, ignorant, hideux, vieux, sordide, grossier, abominable, fétide, lamentable, répugnant, détestable, abruti, étriqué, bas d’esprit ». Rien que çà !

Tom Mercier dans Synonymes de Nadav Lapid

Cette énumération est le cri de Yoav/Nadav à l’encontre d’Israël, son pays, à qui il reproche, à travers l’histoire mythologique d’Hector et d’Achille, de n’avoir « pas le droit de perdre ». Il veut s’identifier au perdant, à contrario de l’image du héros victorieux qui serait la norme israélienne obligatoire. Il illustre cette critique par des jeunes israéliens en charge de la sécurité de lieux juifs ou israéliens à Paris, « mélange d’hommes forts, violents et fidèles à leur pays, sans ressentir de doutes, sans réserve ». Sa mise en question de l’identité israélienne s’incarne, entre autre, dans la critique du service militaire, activité fondatrice de « l’âme collective israélienne contemporaine ».

Tout comme Nadav Lapid n’a finalement pas trouvé d’issue à Paris dans les années 2000, Yoav va rentrer en Israël. «  A la suite de l’illusion, il y a la désillusion », a dit le cinéaste, « Il se rend compte que la France et Israël sont peut être aussi des synonymes ». Et il conclut : « J’espère que les gens pourront comprendre que la fureur, la rage, l’hostilité, la haine et le mépris arrivent seulement entre frères et sœurs, quand il y a un attachement solide et de fortes émotions ». A vous de le comprendre, comme finalement je l’ai compris.

M de Yolande Zauberman, 1h46,  France – 2018, Synonymes de Nadav Lapid, 2h03 – France – 2018


LES ESTIVANTS ou les questions du coeur

LES ESTIVANTS Valeria Bruni-Tedeschi

Le nouveau film de Valeria Bruni-Tedeschi divise la critique et sans doute le public. Ferait-elle « toujours le même film » ? Les Estivants susciterait-il « une irritation envahissante » ? N’est-il qu’une « bouillabaisse de sentiments » ? Ou bien, serait-ce « une comédie politique d’un nouveau genre » ? Valeria Bruni-Tedeschi, « une réalisatrice qui ne manque pas de culot » pour opérer une mise en scène de sa propre vie afin de « mieux la réinventer, la parodier, voire la subvertir ? ».

S’il faut choisir son camp, je choisis le second. Peu importe si, avec Les Estivants, Valeria Bruni-Tedeschi nous donne une sensation de « déjà-vu ». Elle a décidé d’utiliser sa vie comme sujet de fiction, de nous proposer des « autobiographies imaginaires » ou « inventées ». A la bonne heure ! Cela s’appelle une patte, un style.

LES ESTIVANTS Ricardo Scamarcio et Valeria Bruni-Redeschi

Son dernier film ouvre sur la traversée d’un pont, celui qui la conduit à une double épreuve que son double, Anna, va devoir affronter : d’un côté l’annonce que lui fait son compagnon Luca, père de leur fille adoptive (campé par le bel italien Riccardo Scamarcio), qu’il la quitte pour une autre femme; de l’autre, une réunion au CNC pour défendre le projet de son prochain long métrage. Sous le regard impuissant de son producteur (Xavier Beauvois), Anna « craque » devant le prestigieux jury, non sans s’être inquiétée de savoir si son scénario ne ressemble pas trop au précédent : clin d’oeil lucide (et drôle) de la réalisatrice sur la critique qu’on pourrait lui faire nous aussi….

Le ton est donné, illustré par une longue citation de Botho Strauss en prologue du film : un divorce, une rupture, peuvent submerger toute force créatrice. Autre avertissement : le cinéma, la fiction nous rappellent que la vraie vie dont se nourrissent les dialogues n’est qu’un théâtre des apparences, preuve en est qu’il permet de faire revenir les morts.

LES ESTIVANTS Valéria Golino et Pierre Arditi

Nous retrouvons Anna dans une somptueuse maison familiale de la Côte d’Azur où le  charme discret de la bourgeoisie opère tout de suite. « Tout le monde » est là : sa mère (la vraie, Marisa Borini devenue Louisa pour le film), sa tante (la vraie, Gigi Borini) inséparable de sa dame de compagnie (Souz Chirazi), sa soeur Elena (superbe Valéria Golino) flanquée de Jean, son mari, industriel de droite (Pierre Arditi, inusable), Bruno, l’ami de toujours (Bruno Rafaelli), Stanislas, l’assistant ambivalent de Jean (Laurent Stocker). Arrivera plus tard Nathalie, co-scénariste d’Anna -et de Valéria-, (Noémie Lowsky). Tout ce beau monde prend l’apéritif, en se parlant sans s’écouter, sous l’oeil taquin de Célia, ravissante fille adoptive d’Anna/Valeria, (Oumy Bruni Garrel), enfant pleine de gaité et de sagesse devant les névroses des adultes. Elle est la seule à savoir que son père ne viendra pas les rejoindre. Anna espère toujours…

LES ESTIVANTS Oumy Bruni Garrel

Comme dans la pièce de Gorki, ou plus récemment dans la série Downton Abbey, la vie de la bourgeoisie ou de l’aristocratie est inexorablement mêlée à celle du personnel. Nous entrons aux cuisines et à l’office, pour faire petit à petit connaissance des « gens de maison », sans qui l’ordre apparent du quotidien serait (encore plus !) menacé. Nous rencontrons l’intendante, Jacqueline (Yolande Moreau, et son mari complètement à l’ouest (Bernard Nissile), la gouvernante Pauline, toute à sa fidélité aux patrons (Guilaine Londez, parfaite) et son mari Gérard, maître d’hôtel dépressif et révolté d’être exploité (Joël Clabault). Ils sont encombrés par leur inquiétant fiston, François, (Brandon Lavieville, sorti de Ma Loute). Aux fourneaux, le cuisinier Jean-Pierre (François Negret), au gardiennage Robert (Franck Demules). L’humanité de tous ces personnages est formidablement restituée.

Chacun est à son poste, côté cour et côté jardin. Pas pour longtemps.

LES ESTIVANTS Bruno Rafaelli et Marina Borini

Nous comprenons assez vite que des fissures se sont installées autant dans la famille que dans le personnel et que le monde réuni dans cette belle maison est marqué par le malheur, par des vies qui ne sont jamais celles dont les uns ou les autres ont rêvé. Les langues vont se délier, des secrets vont se révéler. Et la politique va s’inviter aux cuisines comme à la piscine.

Hantés par le temps qui passe, irrémédiable, certains vont essayer de s’inventer provisoirement une existence meilleure : Jacqueline s’envoie en l’air avec le gardien, Stanislas essaye de séduire Nathalie qui va vivre une relation intense avec le cuisinier, François veut être embauché comme nouvel intendant. Quant à Anna, elle veut à tout prix mener à bien le scénario inspiré par son frère mort du sida, en dépit de l’interdit familial qui règne sur le sujet. D’autres ne parviendront pas à endiguer le malheur, tel Bruno, inconsolable de la perte de son amour dont on va disperser les cendres.
La perte est l’un des grands thèmes de ce film, celui de l’homme qui vous quitte, de la compagne qui meurt, du frère emporté par la maladie que les deux soeurs et la mère pleurent.

LES ESTIVANTS Yolande Moreau et Franck Demules

Les questions du cœur sont celles qui intéressent la réalisatrice en priorité. Elle les avait merveilleusement traitées dans son documentaire Une jeune fille de 90 ans, où son regard sur une vieille dame qui tombait amoureuse dans un service gériatrique, était si tendre. Dans ces Estivants aux allures de comédie légère, où Anna pleure autant qu’elle rit, où l’ennui règne pendant ces vacances protégées, où le paysage est si beau qu’il ressemble à une carte postale, le désarroi des personnages nous touche. L’amour est, là encore, la grande affaire de chacun. Elle est la nôtre aussi.

LES ESTIVANTS, un film de Valeria Bruni-Tedeschi, 2h08, France, 2018

GUY, un film d’Alex Lutz

Qui est Guy ? Un chanteur populaire comme dit la chanson de Charlebois ? Un « ringard showbizz », comme l’appellerait un auteur compositeur de ma connaissance ? Une vedette, comme on disait avant l’avènement des stars ? Il est tout ça et plus, mais il est surtout le héros d’un film hyper réussi d’Alex Lutz. 

Sorti sur les écrans depuis une semaine, le film mérite un grand succès.
Pourquoi me direz vous ? En quoi un film qui est un faux/vrai documentaire sur un faux chanteur vieillissant, réalisé par un fils caché, qui découvre avec nous, le public, qui est son père, devrait nous plaire, mieux nous intéresser ?

Pour plusieurs raisons qu’il va falloir énoncer, tâche d’autant plus ardue que toute la presse a déjà tout écrit sur ce film.

UNE PERFORMANCE D’ACTEUR

La première raisons d’aimer ce film est de constater l’extraordinaire performance de Lutz, éternel jeune homme de pourtant 40 ans, à devenir ce pré-vieillard de plus de 70 ans, aux cheveux blancs, à la bedaine témoin du goût des bonnes choses, à la peau parsemée de tâches de vieillesse et de rides et à la bouche sans arrêt en mouvement, esquissant un mélange étrange de veulerie et de sensualité….

On apprend que, pour ce faire, Alex Lutz devait se plier à quatre heures quotidiennes de maquillage : « Je ne voulais pas de symétrie dans le visage de Guy :  une cicatrice là, car il s’est pris une porte, un soir, après un concert, à Agen. Je voulais qu’il n’ait pas seulement des poches sous les yeux, mais aussi des transferts de paupières jusqu’aux ras de cils, pour donner l’illusion de paupières tombantes, parce que c’est souvent l’acuité du regard qui ne colle pas dans les maquillages de vieillissement. », précise l’acteur-réalisateur dans une interview . Au-delà du maquillage, l’ensemble de ce que constitue le portrait du Guy est minutieusement construit et juste :  le rythme de la voix qui peut changer en fonction des situations, le ton mi-désabusé, mi-charmeur, le regard qui passe par l’interrogation un peu vide à l’ironie cynique mais aussi par l’émotion. Et puis bien entendu, tous les détails : la coiffure dont nous apprenons toute l’évolution aux fils des années -du flou ondulé aux bouclettes en passant par le brushing impeccable, l’indispensable bombe de laque Elnett dont Guy vante les mérites et qui semble faire partie intégrante de sa vie d’artiste, la chaîne en or et les gourmettes, discrets attributs de la réussite…..

UNE JOLIE PARABOLE SUR LA FILIATION ET LE TEMPS QUI PASSE 

En choisissant de nous rendre « spectateur double », Alex Lutz, évite le piège de la caricature. Il nous propose de suivre le tournage d’un documentaire, réalisé par Gauthier, jeune journaliste, à qui sa mère a confié avant sa mort que Guy Jamet est son père (touchantes apparitions en forme de home movie  de Brigitte Rouan qui incarne cette joyeuse mère que la vie a emportée). Elle l’avait rencontré lors d’un concert où son mari n’avait pas voulu l’accompagner…Gauthier, dont nous ne découvrirons le visage qu’à la fin du film, (incarné par Tom Dingler, ami d’enfance de Lutz et lui même fils d’un chanteur des années 70), nous propose SA vision de Guy Jamet, qu’il filme et interviewe à l’occasion de la sortie d’un album de reprises de chansons, sans doute après une période où Jamet était moins présent sur le devant de la scène (une fan lui dit même dans la rue qu’elle pensait qu’il était mort !). Cet effet « Vache qui rit » du film dans le film augmente encore le réalisme du personnage : nous assistons à un documentaire sur Guy Jamet, nous allons mieux le connaitre, comme si nous le connaissions déjà !! Et c’est justement sur ce terrain qu’Alex Lutz et ses scénaristes sont d’une grande subtilité : le regard de Gauthier sur cet homme qui est donc son père évolue au fur et à mesure du film, tout comme le nôtre. Comme Gauthier, nous sommes de prime abord méprisants, tentés de penser que Guy est un chanteur hasbeen, momifié dans les clichés des années 70, inculte, sans autre références que celles du showbizz, marié à une comédienne un peu écervelée et vraie « femme de » (Pascale Arbillot, très « juste »). 

Mais le film va basculer après un franche engueulade entre Guy et Gauthier « Mec, j’ai commencé en 1966, alors on ne me la fait pas, car j’ai tout vu ! Toutes les vanités, tous les ego, tous les idéaux, et toutes les trahisons. J’ai eu la carte, je ne l’ai plus eue, mais si tu es juste là pour me filmer avec mes chihuahuas et ma gonzesse qui a un petit cul pommelé et des talons en liège, alors dégage ! En revanche, si tu veux vraiment faire ma rencontre, fais-la ! Fais un effort, car c’est ton travail de journaliste. » A partir de là, le regard du fils illégitime et le nôtre vont changer. Nous allons commencer à regarder ce Guy Jamet comme un être humain et plus comme la représentation d’une icône déchue. Nous  admirons ses qualités et tolérons ses faiblesses. Nous découvrons qu’il aime les préludes à l’orgue de César Franck et les chorus de guitare de Jimi Hendrix, qu’il a lu Valère Novarina (référence pour le moins incongrue!). Nous comprenons avec lui qu’il est conscient de ses limites et de ce qu’il incarne. Nous allons presque aimer les chevaux qu’il aime monter. Nous allons nous attacher à ses choristes, à ses musiciens de tournée et surtout à l’indispensable bien nommé « Grand Duc », celui sans qui rien ne peut se faire en tournée, de la place de la laque et des fruits secs dans la loge à l’installation de la scène pour la balance…Nous sommes émus par la fragilité du personnage, fragilité qui va se transformer en une vraie alerte cardiaque. L’heure du bilan n’est pas loin, y compris celui de savoir si il a été un bon père, ce qu’il ne pense pas du tout. Comprend-t-il alors pourquoi Gauthier s’intéresse tant à lui ? sans doute. Et cette histoire, la vraie histoire du film, d’un père et d’un fils nous touche. Le réalisateur à dédier son film « à tous les pères » au début du film, et à ses fils au générique fin….

DES PERSONNAGES FEMININS CONVAINQUANTS

Soyons clairs : le personnage de Guy Jamet pourrait être taxé de misogyne. Sa posture, son vocabulaire vis à vis des femmes sont ,par moment, inaudibles. Mais cela fait partie de la panoplie du chanteur à succès et du discours de l’époque. Pourtant, nous comprenons que Guy aime, a sincèrement aimé et a besoin des femmes dans sa vie. Son grand amour a été Anne-Marie, incarnée, jeune, par une Elodie Bouchez, troublante de ressemblance avec la vraie Dani que l’on retrouve aujourd’hui. Anne-Marie est la mère de son « vrai » et, pense Guy (jusqu’à quand ?), seul, fils. Sophie, sa femme du moment a été évoquée. Et comment ne pas dire un mot sur le personnage de Stéphanie, la fidèle attachée de presse, formidablement jouée par Nicole Calfan, plus vraie que nature. Elle est parfaite dans ses fonctions de complice-protectrice, d’intermédiaire avec les journalistes et même le public, de miroir rassurant à plein temps….

UNE BANDE SON TRES REUSSIE

Saluons bien sûr une autre réussite qui contribue à parfaire ce vrai/ faux documentaire sur les années 70 : les chansons, spécialement composées pour le film, dont le « son » et les paroles sonnent tellement vrai ! Sans oublier les reconstitutions de chansons en duos en forme de Stone/Charden, Gainsbourg/Birkin ou Gall/Berger, spécial play back et image floutée-romantique ! Et bravo à Lutz qui est l’interprète de toutes les chansons.

ETRE UN ARTISTE

Artiste de variété ou artiste en général, le film d’Alex Lutz, en propose un beau, voire émouvant portrait. « Etre ou ne pas être », comme dirait l’autre….Laissons lui le dernier mot : La question sur le temps, ce qu’on en fait, sur ce dont on se souvient ou pas, ce qui reste… ce sont des thèmes qui me bouleversent, me passionnent même en littérature et qui m’inspirent. Une autre question qui m’intéresse, que je trouve filmique, tourne autour du qu’est ce que ça veut dire d’avoir été the place to be, de ne plus l’être, que personne ne s’en souvienne forcément. Et du coup par filiation, qu’est-ce que cela veut dire réussir ou pas quand on est un artiste. Et si vous ne faites plus rien, l’êtes-vous toujours? Guy le dit, sa qualité d’artiste c’est un état d’âme avant tout. 

GUY, un film d’Alex Lutz, en salle depuis le 29 aout, durée 1h41

👋