Paul Sanchez est revenu ! de Patricia Mazuy

Paul Sanchez est revenu ! est un film singulier et très réussi. La réalisatrice Patricia Mazuy, trop rare comme on dit, n’avait pas tourné depuis 2011 et pour paraphraser le titre de son film, elle est revenue pour le meilleur, produite par l’excellent Patrick Sobelman.

Qui est Paul Sanchez ? Nous apprenons qu’il est le meurtrier de sa femme et de ses quatre enfants et qu’il est en cavale depuis dix ans. Il aurait été aperçu à la gare des Arcs sur Argens. À la gendarmerie, on n’y croit pas du tout et il faut d’ailleurs régler rapidement un autre problème : rendre sa Porsche à Johnny Depp que la jeune gendarme Marion a verbalisé sur la route alors qu’il se faisait faire une gâterie dans sa voiture…Embarrassé, le commandant tient à classer cette affaire et demande à ses troupes de l’ignorer. Mais comment faire taire un journaliste local à l’affut d’un scoop (Idir Chender, très bon), lui qui a vu le commandant de la gendarmerie au volant de la voiture de sport, en chemin pour la rendre à son propriétaire ? En lui donnant une info exclusive : Paul Sanchez est revenu.

De cette « fake news » se construit alors tout le film. Mais est ce vraiment une fausse nouvelle puisque la caméra nous présente d’emblée celui qui va revendiquer cette identité ?

Toute la subtilité du scénario d’Yves Thomas et de la caméra de Patricia Mazuy est de nous tenir en alerte jusqu’au bout de l’enquête que va mener la gendarmerie, incarnée, entre autre par le commandant (excellent Philippe Girard) et la gendarme Marion (éblouissante Zita Henrot, découverte dans Fatima de Philippe Faucon).

« Paul Sanchez est revenu ! » est un film sur le fantasme qu’on développe à partir d’un fait-divers, la façon dont on s’en abreuve, les répercussions qu’il peut avoir sur nous, sur notre attirance pour lui,  nous prévient la réalisatrice. Le scénariste a t il pensé à Xavier Dupond de Ligonnès, le suspect de la « tuerie de Nantes » en 2011…Ou à  Jean-Claude Romand, ou à Yves Godard ? Peu importe. Le film propose la figure d’un criminel en cavale, d’un homme à bout. 

Les raisons du « jusqu’au boutisme » du vrai/faux Paul Sanchez sont de l’ordre du tragique, de ces raisons qui peuvent faire basculer chacun d’un autre côté de l’humain. Et c’est cette humanité du bas qui est mise en scène : Ceux qui ont la parole dans le film sont des gens à qui le cinéma en France ne fait pas souvent entendre leur voix, pas des marginaux, une classe moyenne qui a du mal à joindre les deux bouts. Ils ont un boulot, ils ont une voiture, mais ils galèrent, nous dit Patricia Mazuy. Le film traite du dérèglement qui peut s’emparer de nous.

Et voici un autre aspect de la réussite du film : nous parler de violence sociale à travers le personnage principal mais aussi à travers tous les gens dits « ordinaires » qui, au commissariat, à travers leurs dépositions, nous rendent témoins de leurs misères quotidiennes, de leurs peurs, de leurs solitudes. Empathique mais à distance, la caméra est toujours sur le fil, entre comique et tragique.Tout comme l’enquête oscille entre comédie, polar et western: Le polar c’est évident, y a un homme en fuite et quelqu’un qui le cherche. Le western c’est le décor qui l’inspire, le côté sauvage et la roche rouge du rocher, la puissance de la nature qui est un élément essentiel de l’histoire. La musique travaille aussi entre autres, le sentiment de western. Si vous voulez, dites que c’est un film transgenre ! s‘amuse la réalisatrice.

En effet, le majestueux rocher rouge de Roquebrune sur Argens, dans le Var est l’un des personnages du film. C’est là que Paul Sanchez se réfugie et par là que Marion fait son jogging quotidien. A 500 mètres d’une zone périurbaine, c’est à la fois le Var des villas de milliardaires et de quelques stars américaines, celui des zones commerciales et pavillonnaires, celui des champs de vignes et des glissières d’autoroutes qui mènent à Saint Tropez.(…) Le rocher c’est le monde d’en haut – celui de Sanchez, celui du rêve, de l’horreur, du crime et paradoxalement d’une certaine liberté. Le monde d’en bas, c’est celui de Marion, le village et les bords de route, le quotidien de la gendarmerie.

Paul Sanchez est magistralement interprété par Laurent Lafitte, de la Comédie Française. Patricia Mazuy a raison de dire que Laurent est une énorme chance pour le personnage parce qu’il a en lui un sens du burlesque et du tragique.

Pour rendre crédible cet homme en cavale, fatigué, usé, la réalisatrice a souhaité  le casser, le vieillir. Etant donné qu’il jouait en même temps à la Comédie-Française, il a fallu à sept reprises le chercher après la représentation, le coucher à l’arrière d’une voiture à 22h30 place du Palais royal pour arriver à 7h du matin au maquillage sur le décor. Laurent Lafitte disait: « Ça servira le rôle ». Gagné !

Zita Henrot nous confirme qu’elle est une merveilleuse comédienne et l’ensemble de la distribution est formidable. Un dernier mot pour dire la qualité de l’image et de la musique de John Cale, très présente, à laquelle Patricia Mazuy attache, à juste titre, une grande importance. Ses trompettes, flûtes et tambours rythment le film dans son intensité et son harmonie.

Le Festival de Cannes n’avait pas sélectionné le film en mai dernier ? Trop décalé ? Trop hybride ? C’est pour mieux le retrouver aujourd’hui, sans le filtre cannois, pour notre plus grand plaisir.

 

 

Paul Sanchez est revenu ! 

Film français de Patricia Mazuy. Avec Zita Hanrot, Laurent Lafitte, Philippe Girard, Idir Chender (1 h 51). Sur le Web : www.sbs-distribution.fr/distribution-france-paul-sanchez-est-revenu

Laisser un commentaire