Isola, un film de Fabianny Deschamps

yilin attend sous la parapluieIsola est un film étrange et magistral, poétique et politique.

Tout comme Dai, la jeune chinoise échouée sur une île indéterminée, jamais nommée, entre Afrique et Europe, le spectateur peut se demander où il est. Et s’il s’agit d’un film français, italien ou chinois.

La beauté saisissante de l’image nous emporte dès les premières minutes et nous indique très vite que nous entrons dans un conte, une fable. Peu importe finalement où est située la grotte dans laquelle Dai s’est installée avec son ventre rond. Elle y a construit son repère, fait d’objets de récupérations et de bâtons d’encens, d’une cage dont elle a fait son lit, de parapluies qui la protège du soleil.  Dans cette enclave, elle organise une double attente, celle de son enfant à venir et celle de son mari, un marin qui devrait arriver, comme elle, sur cette île.

Petit à petit la réalité va s’inviter dans cette poésie et dans la naïveté qui semble habiter la jolie chinoise, incarnée par la formidable comédienne Yilin Yang.

Nous comprenons petit à petit que nous sommes en Italie, que Dai vend son corps pour gagner un peu d’argent et que cette ile accueille des réfugiés. Alors le documentaire vient nourrir le film. Des scènes de débarquement de migrants sont filmées au plus près des visages de ces hommes, femmes et enfants qui descendent des bateaux. Fabianny Deschamps, la réalisatrice, a tourné ces scènes à la volée, à Lempedusa, dans une sorte de clandestinité. Cette réalité se mêle à celle de Dai, venue sur les lieux espérant y retrouver son mari.

L’incommunicabilité est l’un des grands thèmes de ce film. Dai ne comprend pas les arrivants, ils ne la comprennent pas. Tout comme elle ne comprendra pas cet homme échoué sur la plage qu’elle décide de sauver pour mieux le capturer et le désigner comme son mari. Le personnage d’Ichem, ce beau maghrébin rescapé, ne comprend rien à sa mise en cage par Dai et devient pratiquement fou. Et sa disparition soudaine sera tout aussi irréel que sa détention.

Où se situe Dai dans ce monde si violent ? Sans doute ailleurs et le film ne nous dit pas si elle y trouvera sa place. La mer et le vent semblent les seuls éléments capables de la prendre en charge…

Isola, qui veut dire île en italien, indique aussi la solitude. Solitude d’une femme dans le monde, solitude des migrants débarqués dans un monde qui n’est pas le leur….

Isola a ce grand mérite de nous faire percevoir l’actualité autrement que dans les media, où beaucoup d’images de souffrance sont devenus si banales qu’on ne les voit plus. A t on le droit de faire de la poésie avec tant de drames humains ? A quiconque se posera la question, la force des images, amplifiées par la musique d’Olaf Hund, y répondra mieux que tout débat. Pour son deuxième long métrage, Fabianny Deschamps a réalisé un film monde.

BA Isola

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