Sabine Weiss, photographe humaniste

 

Paris, France, 1953, épreuve gélatino-argentique 29,9 x 20,2 cm
Collection Centre Pompidou, Paris ©  Centre Pompidou, MNAM-CCI/Philippe Migeat/Dist. RMN-GP © Sabine Weiss

Il est des expositions de photos qui procurent un vrai plaisir. Celle présentée au Centre Pompidou jusqu’au 15 octobre prochain, consacrée au travail de Sabine Weiss, en fait partie.  Au delà du plaisir, sa visite a constitué pour moi une découverte, une révélation, car, j’ose avouer que, si le nom de Sabine Weiss m’était familier, j’avais jusque là raté tous les rendez vous parisiens qui lui avaient été consacrés, telles l’exposition du Musée d’Art moderne en 2006 ou la rétrospective « Sabine Weiss. Un demi-siècle de photographies », à la Maison européenne de la photographie, en 2008. Je ne m’en vante pas.

Pourtant, Sabine Weiss est une figure majeure du courant de la photographie humaniste et sa dernière représentante. « La réception de la photographie humaniste en France est une histoire d’amour et de haine, tiraillée entre le profond enthousiasme du public et le mépris d’une critique progressiste. Souvent désignée comme « produit national », cette photographie humaniste a été défendue par certain comme une incarnation de l’esprit français, décriée par d’autres pour sa vision du monde trop simpliste », précise Karolina Ziebinska-Lewandowska, la commissaire de l’exposition dans le très beau catalogue qui accompagne l’événement.

Portrait de sabine Weiss © Patrice Delatouche

Née Weber en 1924 en Suisse, Sabine décide très tôt de devenir photographe. Elle publie son premier reportage à vingt et un ans, en 1945, puis s’installe à Paris qui deviendra sa ville d’adoption (elle sera naturalisée française en 1995). Après quelques années auprès du photographe Willy Maywald dont elle est l’assistante, elle se lance comme photographe indépendante en1949. C’est l’époque où elle rencontre l’artiste américain Hugh Weiss, qui devient son mari et le père de sa fille. Son activité indépendante est florissante : elle travaille pour la mode, la publicité, des fabricants de tissus, Le Printemps….L’année 1952 marque un tournant : elle rencontre Robert Doisneau dans le bureau de Michel de Brunhoff qui dirige la revue Vogue. Le photographe ne tarit pas d’éloges sur son travail, ce qui favorise, d’une part, son engagement à la revue où elle reste sous contrat neuf ans, et, d’autre part, l’arrivée d’un courrier de l’Agence Rapho l’invitant à venir montrer son travail. C’est finalement le patron de Rapho à New York, Charles Rado, qui l’intègre à l’Agence et devient ami du couple Weiss. La carrière internationale de Sabine est lancée. Elle bénéficie alors de nombreuses parutions dans Newsweek, Picture Post, Du, Votre santé, Votre enfant, Ihre Freundin, Sunday Graphic, Paris Match. Sous l’aile de  Rado, elle participe à l’exposition « Post-War European Photography » au Museum of Modern Art de New York (1953) et présente sa première exposition personnelle à l’Art Institute of Chicago (1954). C’est à Charles Rado, encore, qu’elle doit  la présence de trois de ses photos dans l’exposition devenue mythique, The Family of Man, présentée par Edward Steichen au MoMA à New York en 1955. Elle a trente ans. Depuis, la liste de ses expositions est impressionnante, aux Etats Unis et en Europe.

Paris, 1955
Epreuve gélatino-argentique 30,5 x 24 cm
41 x 30 cm Collection Centre Pompidou, Paris
© Centre Pompidou, MNAM-CCI/Philippe Migeat/ Dist. RMN-GP © Sabine Weiss

« Les villes, la rue, l’autre », présentée ces jours-ci au Centre Pompidou, couvre la période 1945-1960. Près de quatre- vingts photographies vintage, pour la plupart inédites, sur le thème de la rue, sont issues d’un achat par le musée national d’art moderne et d’un don récent de la photographe, qui a souhaité confier un ensemble significatif de photographies au Centre Pompidou. « …elle s’intéresse au quotidien,  nous explique Karolina Ziebinska-Lewandowska, dans ses photographies, réalisées pour elle-même, dans les moments libres, elle pose un regard à la fois doux et compréhensif sur les habitants de sa ville. Sabine Weiss est à la recherche des beautés simples des moments suspendus, de repos ou de rêverie sans pour autant cacher la pauvreté du quotidien de l’Europe de l’après-guerre. Ses œuvres sont pleines de lumière, de jeux d’ombres et de flous mais elles témoignent aussi et surtout d’un engagement de la photographe en faveur d’une réconciliation avec le réel. L’exposition propose de réactualiser le regard posé sur cette production, riche et variée, qui par bien des aspects dépasse le seul contexte de la photographie humaniste ». 

Enfants dans un terrain vague, Porte de Saint-Cloud, Paris, France, 1950 épreuve gélatino-argentique, 30,7 x 20,6 cm
Collection Centre Pompidou, Paris © Centre Pompidou, MNAM-CCI/ Philippe Migeat/Dist. RMN-GP
© Sabine Weiss

A Paris, à New York, ou à Moscou, son oeil capte l’humain, le rythme de chaque capitale, ses ambiances particulières. 

A Paris, elle aime les enfants dans les terrains vagues, le reflet de passants dans une flaque d’eau ou dans une vitrine mouillée par la pluie, les clochards sur les quais de Seine, les ombres qui s’étirent, les lumières de la nuit….

New York, États-Unis,1955, épreuve gélatino-argentique
Collection Centre Pompidou, Paris
© Centre Pompidou, MNAM-CCI/ Philippe Migeat/Dist. RMN-GP
© Sabine Weiss

A New York, elle saisit le bouillonnement de la ville, les piétons pressés, les les gens dans la rue toujours en mouvement….Un autre rythme, une autre respiration…

Face à ces photos new-yorkaises, une photo de poubelles, réalisée en 2012 par Viktoria Binschtok est saisissante, puissante. Elle dialogue, comme les photos de trois autres photographes contemporains, Paul Graham, Lise Sarfati et Paola Yacoub, avec les photos de Sabine Weiss  : « Leurs approches radicalement différentes permettent de poser un nouveau regard sur l’œuvre de la photographe humaniste », suggère la commissaire de l’exposition. 

Sabine Weiss au Centre Pompidou entourée de sa famille le 18 juin 2018

Une belle surprise nous attendait à la sortie de la galerie de photographie : Sabine Weiss, en personne, 94 ans, pétillante d’humanité et de vitalité, entourée par plusieurs générations familiales. Magnifique !

SABINE WEISS  LES VILLES, LA RUE, L’AUTRE 

20 JUIN – 15 OCTOBRE 2018 

galerie de photographies, forum -1 Centre Pompidou
Plus d’infos sur www.centrepompidou.fr 

exposition ouverte de 11h à 21h tous les jours, sauf le mardi  Entrée libre

GILLES CARON PARIS 1968

Manifestation CGT
rue du Havre,
Paris 29 mai 1968
© Gilles Caron / Fondation Gilles Caron

Dans le cortège des célébrations des événements de mai 1968, la Mairie de Paris a pris l’excellente initiative de présenter à l’Hôtel de Ville, jusqu’au 28 juillet prochain, une superbe exposition de photographies de Gilles Caron, permettant au visiteur de revivre ou de découvrir la chronique de cette année historique, essentiellement à Paris mais aussi sur d’autres terrains, tel le Biafra, où se joue une terrible guerre qui laisse affamée des millions de personnes.

 

Gilles Caron
© Fondation Gilles Caron courtesy School Gallery / Olivier Castaing

Cette promenade dans quelques 300 photographies nous immerge dans le regard d’un jeune photographe. Gilles Caron a alors 29 ans, est photographe à l’agence Gamma aux côtés, entre autre, de Raymond Depardon. Il est marié avec Marianne et père deux fillettes, Marjolaine et Clémentine. Il photographie avec autant d’acuité le monde du cinéma et du show-bizz que les conflits du monde : il couvre la Guerre des Six jours, la guerre du Vietnam, la guerre civile au Biafra, les incidents en Irlande du Nord, l’anniversaire du Printemps de Prague, se rend dans le Tibesti Tchadien et au Cambodge. C’est précisément au cours de ce dernier reportage qu’il disparait le 5 avril 1970, avec deux autres journalistes, sur la route n°1 qui relie le Cambodge au Vietnam. Il a 30 ans. 

 ʺ Caron n’est ni le premier ni le seul de sa génération à avoir « réussi » des allégories par l’actualité, mais il est bien celui qui en a le mieux compris le mécanisme et a su les reproduire, les modeler jusqu’à les transformer en signes contemporains capables d’énoncer une idée. L’actualité est sa matière première, et le monde son atelier. ʺ écrit Michel Poivert, historien de la photographie et commissaire de l’exposition.

Jean-Louis Trintignant sur le tournage de La longue marche film d’Alexandre Astruc.
2 février 1966
© Gilles Caron / Fondation Gilles Caron

L’actualité qui ouvre l’exposition est celle des « vedettes » comme on disait à l’époque. Claude François, France Gall, Françoise Hardy, Jane Birkin et Serge Gainsbourg sont merveilleusement photographiés aux côtés de Jean-Louis Trintignant, Romy Schneider, Brigitte Fossey, Alain Delon, François Truffaut ou Jean-Luc Godard. Ils sont beaux, ils sont jeunes, comme Gilles Caron en cette année 68. Puis toute une salle est consacrée à une série de portraits époustouflants du Général de Gaulle, lors d’un déplacement en Roumanie en mai 68 : gravité et inquiétude se lisent sur ce visage saisi en multiples plans rapprochés. Comprend-il le tournant qui est en train de se jouer alors ? Sait il que son pouvoir est en train de vaciller ?

 

La parole s’écrit à
la faculté de Nanterre, avril 1968.
© Gilles Caron / Fondation Gilles Caron

Nous entrons ensuite sur le terrain du « Mai 68 » plus familier, si l’on peut dire, celui du campus universitaire de Nanterre où Caron installe la révolte étudiante dans le décor   architectural et social : les immeubles modernes sont très présents tout comme les taudis des immigrés algériens. « Danny le Rouge » est déjà leader et la jeunesse écrit sur les murs de la fac la vie de liberté qu’elle attend. 

 

Daniel Cohn-Bendit devant la Sorbonne, Paris, mai 1968
© Fondation Gilles Caron courtesy School Gallery / Olivier Castaing

 Le commissaire de l’exposition nous met en garde : « …Caron n’est pas un « soixante-huitard »….Il est déjà trop mûr, et même si sa conscience politique est forgée sur le modèle de l’intellectuel engagé qu’est alors Jean-Paul Sartre, sa position est choisie  : il écrit au présent une chronique de l’époque en passant de chaque côté des barrières et des barricades ».  C’est ainsi qu’il photographie avec la même force les étudiants, les ouvriers ou les paysans qui manifestent, que les flics en face. Tout comme il saisit avec la même intensité les regards des militants réunis à l’appel de CGT le 27 mai au stade Charléty que ceux des gaullistes manifestant leur soutien au Général, le 30 mai sur les Champs Elysées…Et toujours Daniel Cohn Bendit, présent au centre des événements, l’oeil rieur et déterminé, dont cette série de clichés devenue iconique où Caron a su saisir les échanges de regard entre Dany et un policier. 

 

Le lanceur de pavé, Paris, mai 1968
© Fondation Gilles Caron courtesy School Gallery / Olivier Castaing

On aime particulièrement la salle présentant une suite de clichés qui transforme la guérilla urbaine en une chorégraphie en noir en blanc, donnant aux corps des manifestants la grâce de danseurs en apesanteur. 

 

Grève des éboueurs, quai de la Conférence, Paris 23 mai 1968 © Gilles Caron / Fondation Gilles Caron

Le photographe, toujours attentif à montrer tous les aspects du mouvement, nous réveille avec les Parisiens sonnés par les violences des manifs, en révélant en couleur les désordres de la ville : l’amoncellement des cageots sur les berges de la Seine en est l’extraordinaire symbole.

Notre promenade prend fin avec des images saisissantes de la famine au Biafra, rappelant que Gilles Caron avait à coeur, par ses reportages, de témoigner d’un monde, qui, excédant les pavés parisiens, rappelait alors à « ceux qui font 68 » le nécessaire engagement dans des luttes planétaires.

Exposition gratuite à l’Hôtel de Ville
Salle Saint-Jean
jusqu’au  28 juillet 2018 

Une exposition conçue et réalisée avec la Fondation Gilles Caron 

Le catalogue de l’exposition est publié chez Flammarion

Plus d’informations sur https://www.paris.fr

Retenez votre date ! Nouvelle exposition d’Alain Blondel, Multivalences

ALAIN BLONDEL, 

MULTIVALENCES 

Exposition du 25 mai au 13 juillet 2018

Galerie 24b.

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24 bis, rue Saint Roch 75001 Paris www.24b.paris 

Les multivalences d’Alain Blondel se tissent sur la toile, s’incrustent dans notre rétine et se propagent dans une immensité indéterminée. Espace organique, cosmique, virtuel ? Sans doute ces ramifications font-elles appel à tous ces champs d’exploration. 

Ce nouveau travail d’Alain Blondel est la résultante de deux années de digressions, tentatives et finalement la décision que ce firmament de traits et de points étaient la direction à suivre. A poursuivre. Les courbes, les arabesques, les lignes fines ou denses, alternent sur les fonds bruns et bleu nuit ; tantôt, ils emprisonnent le regard, tantôt, ils le libèrent. Pas de bord dans ce travail, un rythme, une impulsion, un continuum qui n’est fait que de césures. 

De nombreux tableaux de cette série inédite sont présentés dans le bel espace de la Galerie 24b. Des petits formats à un impressionnant triptyque, Alain Blondel décline l’horizontalité. 

Ingrid Pux, Commissaire de l’exposition 

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« Lire un livre et vouloir entamer une discussion avec son défunt auteur.
Drôle d’idée?
Ressentir cette nécessité comme une orientation calorique, une ur- gence, 

Encore plus étrange? 

Pourtant c’est ce qui m’est arrivé avec « Point Ligne sur Plan » J’ai mangé Kandinsky.
Je me suis glissé dans ses questions,
j’ai farfouillé dans ses réponses, 

J’ai bricolé à l’intérieur de toutes ses affirmations. Un siècle plus tard.
Ce livre a tout arrêté net. 

Évanouies mes questions ritournelles, Estompées mes obsessions valsantes. Tout est tombé du camion.
Place nette. 

Comme un doux retour à des temps initiaux, Présent amnésique. 

C’est la peinture, seule, qui pourra lui répondre,
Dans la contrainte exclusive du Point et de la Ligne,
C’est elle qui offrira à mes regards des chemins inconnus,
Qui réalisera des routes contrariées ouvrant sur des panoramas in- certains.
Des voies qui, aujourd’hui seulement, peuvent devenir visibles. 

Lignes volatiles en configurations instables
Formes dégringolantes pour regard balayant,
Ces Multivalences sont une réponse furtive et aventureuse à Monsieur Kandinsky. » 

Alain Blondel 

ALAIN BLONDEL est né à Lyon en 1950. Il est fils unique, né d’une famille de garagiste. A 17 ans, son goût de la peinture l’amène à par- ticiper à la mise en place d’expositions dans un grand théâtre lyonnais. Là, il rencontre des peintres dont Edouard Pignon, ami intime de Picasso. Il aime être dans les ateliers et regarder comment se fait la peinture. Il ne se sait pas encore peintre. Il se pense plutôt poète. Il écrit. En 1973 il quitte Lyon qu’il trouve trop «provincial» et s’installe à Paris. Il poursuit des études universitaires et accumule les diplômes (Droit, sociologie, sciences politiques). Il organise aussi des expositions pour les artistes qu’il aime. Un jour de printemps 1978 il commence à peindre . Très vite il comprend qu’il tient là «son» moyen d’expression. Sa vie s’en trouve bouleversée. Il sait que la route sera longue et escarpée mais il sait aussi qu’il aura la force de la fraîcheur. En peinture il doit tout apprendre. A sa façon. C’est là qu’il regarde les maîtres que sont pour lui Matisse et Cézanne. Il a toujours pensé qu’être artiste c’est être au monde, le plus possible. Sans doute pour mieux approcher ses secrets. 

Helmar Lerski, visages dans la lumière  Georges Vigarello, corps et mouvement.

 

Si les affiches de cinéma ne nous incitent pas beaucoup à nous  précipiter dans les salles ces dernières semaines, les propositions d’expositions sont exaltantes. Une toute petite sélection pour indiquer qu’il ne faut pas rater l’Avant Garde russe à Vitebsk consacrée en particulier aux peintres Chagall, Lissitzky et Malevitch à Beaubourg,  qu’il faut se précipiter à l’Orangerie pour découvrir L’Abstraction américaine et le dernier Monet (j’y reviendrai dans ma prochaine chronique) et qu’il est encore temps d’aller à la Maison Rouge pour voir les tableaux de Ceija Stojka, au Musée d’art Moderne pour Fautrier et au Jeu de Paume pour Raoul Hausmann. Pour l’heure, je m’attarde sur deux expositions  qui viennent de commencer : celle consacrée au photographe Helmar Lerski au mahJ et l’autre, à la Bibliothèque de l’Arsenal, qui révèle l’exceptionnelle collection de livres anciens et modernes de l’historien Georges Vigarello, consacrée au corps et à l’imaginaire.

Autoportrait avant 1911 © Succession Helmar Lerski, Museum Folkwang

Israel Schmuklerski, dit « Helmar Lerski », né en 1871 à Strasbourg de parents juifs polonais, a réalisé une œuvre unique, constituée essentiellement de portraits photographiques et de quelques films. Comme l’écrit Nicolas Feuillie, commissaire de l’exposition « Si l’artiste semble avoir hésité dans son parcours – il a commencé comme acteur et a travaillé plus de dix ans sur les plateaux de tournage -, le corpus qu’il laisse, divisé en périodes et en séries, impressionne par sa grande cohérence. Marquée par le théâtre et le cinéma, la photographie de Lerski s’articule d’abord autour d’une exploration des possibilités expressives de la lumière ». 

L’exposition permet de suivre la démarche du photographe de manière chronologique, depuis ses premiers portraits réalisés aux Etats Unis où il immigre à l’âge de 22 ans pour travailler comme acteur, jusqu’à ses dernières photos réalisées en 1947 en Palestine, qu’il quittera un an plus tard, un mois un avant la création de l’Etat d’Israël. 

Les portraits réalisées aux Etats Unis, en 1909, sont salués par la presse de l’époque, qui en admire les clairs-obscurs dignes d’un peintre. Lerski lui- même affirme que l’éclairage doit servir à une caractérisation parfaite et faire ressortir les profondeurs de l’âme; ainsi les possibilités illimités des effets de lumière lui permettent de donner à l’image à peu près le caractère que l’on souhaite. Ces déclarations, publiées en 1914, vont se vérifier tout au long de son travail. De 1916 à 1929 il met son grand sens de la lumière au service du cinéma muet à Berlin, travaillant comme chef opérateur avec plusieurs réalisateurs dont Robert Reinert, Paul Leni ou Fritz Lang. 

Toujours à Berlin, il réalise dans les années vingt, des portraits d’artistes et d’intellectuels puis d’anonymes. La série Köpfe des Alltags (littéralement, les têtes de la vie quotidienne) constitue, une forme alors nouvelle en photographie, où le sujet n’est pas représenté par une image, mais plusieurs ; ainsi, un même individu peut figurer sur plusieurs portraits, avec des poses et des éclairages différents. La puissance des images, marquées par l’esthétique expressionniste,  tient aux cadrages très serrés, effaçant tout décor ou costume. Seules les légendes nous renseignent sur l’identité des sujets photographiés et ce à travers une situation sociale ou un métier : femme de ménage, ouvrier métallurgiste, couturière, mendiant…

Au début des années 1930, Lerski propose à un éditeur parisien de publier une série,  Jüdische Köpfe (Visages juifs), qui viendrait, face à la monté du racisme et de l’antisémitisme en Allemagne, opposer une physionomie juive «originelle » et authentique.  Albert Einstein lui écrit en 1930 une lettre d’encouragement : Les juifs sont aujourd’hui une communauté de peuple plus qu’une communauté de religion. Tenter d’en fixer le type -si ardue que soit cette tâche – répond donc à un puissant désir. Nous souhaitons vivement comprendre ce que nous pensons et sentons quand nous disons « nous ». Puisse l’artiste réussir dans sa difficile entreprise. 

Juive yéménite © Succession Helmar Lerski, Museum Folkwang

Commencée à Berlin, il concrétise la série Arabes et juifs en Palestine, où il s’installe en 1932. Il saisit pionniers, bédouins, arabes et une majorité de juifs orientaux, en particulier les yéménites qui apparaissaient incarner l’essence d’une judéité orientale qui le fascine. Proche du philosophe Martin Buber  engagé en faveur de l’Etat binational, Lerski avait-il un projet politique en montrant les mêmes densités et humanités sur les visages de ces deux populations ? 

Série Métamorphose par la lumière

A Tel Aviv, en 1936, nait la série qu’il considérera comme l’œuvre de sa vie : Métamorphoses par la lumière. Elle se compose de 137 portraits d’un même homme, pris sous des lumières différentes, des angles différents, et suggérant des expressions très variées : J’écrivais « avec la lumière » et du modèle sortirent toutes les formes de ma fantaisie.  

Pionnier, Guivat-Haïm vers 1940© mahJ © Succession Helmar Lerski, Museum Folkwang

L’oeuvre dite « sioniste » de Lerski, réalisée en Palestine entre 1939 et 1948 est à la fois cinématographique et photographique. Son premier film « Awodah » (Labeur), oeuvre de commande qui glorifie le travail des pionniers juifs en Palestine va être chaleureusement salué par la critique mais jugé « trop artistique » par ses commanditaires ! Il réalisera toutefois d’autres films de commande et des photos de pionniers avant de se consacrer à la série Soldats juifs. Il tournera, en 1946, son ultime film Adamah (La Terre) pour le compte de Hadassah, organisation sioniste féminine américaine. 

On quitte l’exposition en découvrant la remarquable série réalisée entre 1930 et 1940, consacrée aux mains humaines. À la manière des visages, ces                 « portraits » de mains expriment un métier, une activité, et révèlent l’âme de leur possesseur.

Dans les années 50, plusieurs expositions seront consacrées à Lerski en Allemagne et en Suisse, où il mourra, à Zürich, en 1956. Parmi les grandes figures de la photographie du XXème siècle, Lerski reste l’auteur d’une oeuvre inclassable et méconnue, conclut Nicolas Feuillie dans le beau catalogue qui accompagne l’exposition. Souhaitons que cette initiative contribue à le faire découvrir en France.

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A quelques pas, à vol d’oiseau, du mahJ, prenez le temps d’une belle découverte : celle de la collection de l’historien Georges Vigarello.  Ses ouvrages assemblés pour cette exposition forment les jalons de la vaste entreprise intellectuelle à laquelle il a consacré toute son œuvre : identifier les évolutions profondes de la culture et de la civilisation dont la perception du corps et du mouvement sont le reflet.

Le parcours revisite les grands thèmes chers à l’historien, depuis les « Silhouettes », « Des jeux aux sports », les « Visages », « L’Anatomie et ses modèles », « Comprendre le mouvement », « Eaux » jusqu’au thème le plus actuel, « Histoire culturelle de la robe » reflet de ses derniers travaux.

Dans cet ensemble, riche et divers, les amateurs sauront retrouver quelques ouvrages rares comme les fameuses séries de Charles Le Brun, Caractère des passions (1692) ou Essai sur la physiognomonie (1786) de Georg Lavater, Relation de divers voyages curieux de Thévenot (1680), tous assortis des commentaires érudits de Georges Vigarello.

 

Helmar Lerski (1871-1956) Pionnier de la lumière

jusqu’au 26 août 2018 

Musée d’art et d’histoire du Judaïsme 

71 rue du Temple – Paris 3è

mahj.org

Le corps et l’imaginaire. Georges Vigarello et ses livres 

jusqu’au 13 mai 2018

Bibliothèque de l’Arsenal, 1 rue de Sully –  Paris 4è

IMAGES EN LUTTE, LA CULTURE VISUELLE DE L’EXTREME GAUCHE EN FRANCE (1968-1974)

Difficile d’échapper aux célébrations des cinquante ans de Mai 68 : émissions spéciales, livres, documentaires, témoignages, débats….Une exposition, IMAGES EN LUTTE, la culture visuelle de l’extrême gauche en France (1968-1974), proposée par l’Ecole des Beaux Arts, vient compléter ces hommages. Les deux commissaires de l’exposition, Philippe Artières (CNRS) et Eric de Chassey (INHA), nous mettent en garde : « L’exposition n’est pas une histoire visuelle du politique mais une histoire politique du visuel ». A travers des affiches, des peintures, des sculptures, des installations, des films, des photographies, des tracts, des revues, des livres et des magazines, l’exposition « entend redonner à la création portée par ces utopies révolutionnaires, sans distinguer a priori ce qui relève de l’art et ce qui tient de la propagande visuelle, leur soubassement et leur complexité, en même temps qu’elle souhaite interroger les contradictions et les ambiguïtés des rapports entre art et politique».

La proposition tient sa promesse. Au milieu de visiteurs assez nombreux, soixantenaires pour une bonne part, mélangés à des plus jeunes et à des vrais jeunes, la promenade tout au long des deux niveaux de ces images en lutte est à la fois émouvante -pour ceux qui ont l’âge du rôle- et stimulante.

Le Hall d’entrée de l’Ecole, quai Malaquais, est consacré aux affiches et productions de l’Atelier populaire des Beaux Arts. Réalisés collectivement et anonymement par des artistes et étudiants de l’Ecole pendant qu’ils l’occupaient, ces affiches se sont, pour une grande partie, imprimées dans la mémoire collective des événements de Mai. Du 15 mai au 27 juin 1968, jour de l’évacuation de l’Ecole par la police, l’Atelier a produit des images qui étaient le résultat de décisions politiques plus qu’esthétiques et qui ont accompagné le mouvement social.

Après un formidable arbre généalogique du gauchisme, le rez-de-chaussée s’ouvre à plusieurs thématiques. Tout d’abord, à « l’ailleurs fantasmé », où s’expriment les combats héritiers des luttes anticolonialistes, tels les soutiens aux peuples vietnamien et cambodgien, la cause palestinienne, sans oublier ceux, « dans leurs aspects les plus violents et les plus ambigus » au castrisme à Cuba ou à la Révolution culturelle en Chine. « L’usine, l’exploitation agricole », « l’université, le lycée, l’atelier » constituent les autres sections de ce premier niveau. Ce qui rend très vivante cette exploration des événements de Mai, outre les thématiques évidentes, les ouvrages emblématiques de l’époque (Ah, les éditions Maspéro, ! ), les sons, les vidéos, les affiches (on adore celle du spectacle de Wolinski « Je ne veux pas mourir idiot », pièce bourgeoise ou révolutionnaire !), ce sont de nombreuses oeuvres, peintures et vidéos, où l’on retrouve les signatures, entre autres, de Gilles Aillaud, Eduardo Arroyo, Francis Biras, Hélène Bleskine, Pierre Buraglio, Louis Cane, Coopérative des Malassis, Henri Cueco, Guy Debord, Marc Devade, Erró, Gérard Fromanger, Monique Frydman, Jean-Luc Godard, Jean-Robert Ipoustéguy, Elie Kagan, Chris Maker, Annette Messager, Anne-Marie Miéville, Tania Mouraud, Jean-Pierre Pincemin, Ernest Pignon-Ernest, Bernard Rancillac, Martial Raysse, Carole Roussopoulos, Claude Viallat…

Le tableau collectif où sont incarnées les figures des maitres-penseurs de l’époque ainsi légendé : « Louis Althusser hésitant à entrer dans la datcha, tristes miels de Claude Levi-Strauss, où sont réunis Jacques Lacan, Michel Foucault et Roland Barthes au moment où la radio annonce que les ouvriers et les étudiants ont décidé d’abandonner joyeusement leur passé », est un vrai régal ! L’impertinence du tableau (et sa réussite, chacun des intellectuels étant magistralement représenté) résume toute la posture de l’époque où il s’agissait autant de se moquer des figures d’autorité que de renverser les hiérarchies en place.

Le deuxième niveau s’ouvre sur une bonne idée : une bibliothèque accessible à tous qui témoigne de la richesse éditoriale de l’époque. On peut consulter nombre de titres de presse et d’ouvrages fondateurs de la pensée gauchiste dans toutes les collections qui ont fleuri à l’occasion.

Tout comme au rez-de-chaussée, l’exposition, organisée par thèmes, accorde une belle place à la peinture, aux représentations engagées d’artistes majeurs ou anonymes. Ces toiles s’intègrent dans le paysage des autres luttes abordées : les prisons, les casernes mais aussi la volonté de « changer la vie » comme, par exemple, vivre en communauté ou à la campagne. Cette partie évoque aussi bien sûr les violences policières et les manifestations, dont celle, particulièrement impressionnante qu’a été l’enterrement de Pierre Overnay.

 

« Les corps » est le bon intitulé pour rappeler l’importance des prises de conscience à leurs sujets et les revendications majeures sur le terrain de la sexualité et de l’égalité hommes/femmes. La lutte des femmes, des homosexuels, la liberté sexuelle, vont devenir des combats politiques, organisés en mouvements, avec production artistique et visuelle spécifiques dont une floraison réjouissante de journaux alternatifs (Le Torchon brûle, Tout, l’Antinorm, les Pétroleuses….et tant d’autres) et de slogans inoubliables.

Au sortir de l’exposition, on est galvanisés par la jeunesse qui fut la nôtre, la mienne, par la joie et l’enthousiasme qui nous animaient, par nos certitudes en un vrai pouvoir de changer le monde pour sa version meilleure et plus juste, de renverser l’ordre cadenassé de la bourgeoisie dont nous étions, de s’aimer tous les uns les autres puisqu’il n’y aura plus de riches ni de pauvres, plus de forts ni  de faibles, ….On est assourdis par les souvenirs de violences, de bombes lacrymo, de grèves, d’occupations, d’AG que nous vivions ou dont nous entendions les récits sur Europe n°1, par l’illusion de faire une vraie révolution…On mesure l’ampleur des changements apportés dans notre société par « les événements ». Mais…, en même temps, on réalise, cinquante ans plus tard, combien certains des combats de l’époque raisonnent aujourd’hui avec une incroyable actualité, comme si les avancées d’alors n’étaient que des balbutiements. Et, ironie du sort : sur le quai d’en face, le long du Louvre, on peut lire un panneau publicitaire qui affiche en très gros le slogan : « Augmenter la réalité. Révolutionner les idées. La 5G arrive…. ». Quelle époque !

Images en lutte,  La culture visuelle de l ’extrême gauche en France (1968-1974), Palais des Beaux-Arts jusqu’au 20 mai 2018

Bruno Nuytten, Per Kirkeby, et Gérard Garouste

Le fondement de la création artistique, c’est d’observer et de consigner, a dit le peintre danois Per Kikerby. Ce préambule pourra sans doute s’appliquer aux trois artistes actuellement exposés à Paris, dans le quartier du Marais.

Bruno Nuytten

Parlons tout d’abord de Bruno Nuytten car son exposition se termine très rapidement, samedi 24 mars. Nous connaissions l’immense chef opérateur qu’il fut dans les années 70 et 80 : il a éclairé, entre autres, les films de Marguerite Duras, Bertrand Blier, André Téchiné, Alain Fleischer, Bertrand Blier, Andrzej Zulawski, Alain Resnais, Jacques Doillon, Jean Luc Godard ou Claude Berri…Et on lui doit la réalisation de Camille Claudel en 1987 avec Isabelle Adjani et Gérard Depardieu et de Passionnément en 1999 avec Charlotte Gainbourg et Gérard Lanvin. Il a choisi de quitter le cinéma en 2001 pour appréhender le réel autrement.  C’est à une nouvelle production d’images que nous convoque l’exposition de la Galerie Cinéma, ces Images retrouvées, conçues à partir de captures brutes, où matière et lumière produisent une étrangeté, souvent primitive, dont Aurélien Ferenczi parle bien : « Impossible de ne pas penser à la première scène de Camille Claudel, quand la jeune artiste plonge nuitamment et sauvagement les mains dans la boue à la recherche de l’argile qu’elle façonnera. Bruno Nuytten saisit lui aussi la matière brute du monde.» Dans le film qui accompagne l’exposition, réalisé par Caroline Champetier en 2015, Bruno Nuytten révèle : « Il y a une obligation romanesque dans ce que je vis ». Magnifique programme !

« Untitled », 1999 de Per KIRKEBY – Courtesy ALMINE RECH GALLERY

A quelques mètres de la Galerie Cinéma, poussez le portail du 64 rue de Turenne pour entrer dans la cour d’un très bel hôtel particulier, comme le Marais en recèle tant. La Galerie Almine Rech nous accueille et commence alors un éblouissement : celui provoqué par les toiles du peintre Per Kirkeby. Né à Copenhague, ce jeune artiste de 79 ans, assez peu connu en France,  est une star dans son pays. L’Ecole des beaux-arts de Paris lui avait consacré une exposition monographique en décembre 2017. Je suis un peintre de l’ancienne mode, qui est soumis et dépendant des choses perçues et vues, comme de la lumière qui l’entoure, a t il expliqué. On aime particulièrement cette « ancienne mode », celle qui rappelle les couleurs et les formes des Nabis, de Cézanne ou de Matisse, dont on perçoit des morceaux de lumière, particulièrement en s’arrêtant devant les quatre très grands formats présentés au centre de la galerie. L’abstraction est là, et pourtant nous sommes DANS les paysages et la nature « Proches de la nature, les formes de Kirkeby se cristallisent en des motifs variés à partir du hasard et du chaos. L’abstraction lui permet d’imiter la manière de créer de la nature, sur laquelle il projète son regard de géologue et sa compréhension épique du temps et de la mémoire qu’elle enferme en son sein…» confirme Dieter Burchhart dans le catalogue de l’exposition.

Gérard Garouste © Musée de la Chasse et de la Nature. Cliché : David Bordes.

Poursuivons cette promenade dans les formes et les couleurs, jusqu’à la rue des Archives, au Musée de la Chasse et de la Nature.  Après la carte blanche  donnée cet automne à Sophie Calle, Claude d’Anthenaise, maitre des lieux, a passé commande à l’un des grands artistes contemporains de notre temps, Gérard Garouste, lui proposant, comme pour chacun des artistes invités par l’institution, de faire résonner son travail avec les thématiques du musée. A travers son interprétation du mythe de Diane et Actéon, relaté par le poète latin Ovide (43 av. J.C. – 17 ap. J.C.) dans ses Métamorphoses, Garouste nous offre une suite de toiles très fortes.  Séduit par le mythe qui met en scène le chasseur Actéon transformé en cerf par la déesse Diane alors que ce simple mortel avait osé admirer la divinité en train de se baigner nue, l’artiste propose sa vision du drame, sans hésiter à donner les traits de son épouse, Elisabeth Garouste, à la déesse et les siens à Actéon, qui deviendra la proie des chiens. Les toiles vives et tourmentées sont complétées par un ensemble d’études et de dessins réalisés par l’artiste. L’exposition entre en résonance avec les œuvres anciennes illustrant ce thème au sein des collections permanentes du musée, qui sont toujours un très grand plaisir à parcourir.

Bruno Nuytten, Images retrouvées, Galerie Cinéma, 26, rue Saint-Claude Paris, 3è, galeriecinema.com jusqu’au 24 mars. A noter : Bruno Nuytten sera présent le 24 à partir de 15h à la Galerie.

Per Kirkeby, Almine Rech Gallery, 64, rue de Turenne, Paris, 3è www.alminerech.com   jusqu’au 14 avril.

Gérard Garouste, Diane et Actéon, musée de la Chasse et de la Nature, 62, rue des Archives, Paris 3è, http://www.chassenature.org/gerard-garouste-diane-et-acteon/ jusqu’au 1er juillet.

Raoul Hausmann, Un regard en mouvement

Le Triangle (Vera Broïdo) Vers 1931 Raoul Hausmann
Coll. Marc Smirnow. © ADAGP, Paris, 2017
 La belle rétrospective consacrée à Raoul Hausmann (1886-1971) à la Galerie nationale du Jeu de Paume sera sans aucun doute, pour une grande partie du public, l’occasion d’une réelle découverte.

Les plus avisés savent peut être que l’artiste, marqué par les mouvements futuriste et expressionniste des années 10, fut une figure du dadaïsme berlinois dès 1918, qu’il dirigea trois numéros de la revue Der Dada et qu’il fut le Dadasophe du Club Dada.  Initiateur de la poésie sonore, pionnier du collage et du photomontage, écrivain, expérimentateur en tous genres, il est décrit par son ami, l’écrivain et économiste Franz Jung, comme « le plus grand agitateur culturel du Berlin des années 1920 ».

Material der Malerei 1918
Raoul Hausmann © Musée départemental d’art contemporain de Rochechouart

Pour un public seulement curieux, dont j’ose affirmer faire partie, son oeuvre photographique est restée longtemps méconnue. Et pour cause ! Comme nous l’explique la commissaire de l’exposition, Cécile Bargues : « Raoul Hausmann, qui fut taxé d’artiste « dégénéré » par les nazis et quitta précipitamment l’Allemagne en 1933, dut abandonner bien des clichés sur la route de ses exils pressés. Son travail photographique est, dès lors, demeuré secret, largement invisible, présumé perdu, avant que ne soit presque miraculeusement découvert, entre la fin des années 1970 et le milieu des années 1980, un fonds jusque-là inconnu dans l’appartement de sa fille à Berlin (aujourd’hui à la Berlinische Galerie). Les fonds français, principalement conservés au Musée départemental d’art contemporain de Rochechouart et au Musée d’art moderne et contemporain de Saint-Étienne, ainsi qu’au Musée national d’art moderne, se sont constitués dans le même temps, et enrichis jusqu’aux années 2010. Depuis lors, son aura de photographe n’a cessé de croître ».

Sans titre (Vera Broïdo) Vers 1931, Raoul Hausmann
© ADAGP, Paris, 2018. © Berlinische Galerie – Landesmuseum für Moderne Kunst, Fotografie und Architektur/VG Bild-Kunst, Bonn

Raoul Hausmann débute la photographie en 1927 et rencontre, en 1928, Vera Broïdo, fille de révolutionnaires russes et écrivain, avec qui il vivra, en compagnie de sa seconde femme, Hedwig Manckiewitz, jusqu’en 1934. Leur vie se partage entre Berlin, Kampen, sur l’île de Sylt en mer du Nord, et un petit village de pêcheurs sur la mer Baltique où Hausmann réalise de nombreuses photos.  L’exposition du Jeu de Paume nous en livre une partie, en particulier une série de nus particulièrement éblouissante, Vera Broïdo étant alors son modèle. Comme le décrit encore parfaitement Cécile Bargues : « Photographe ému, flâneur magnifique, il ne cherche pas la perfection d’une image trop lisse, parfaitement ordonnée et construite, mais les interstices de liberté et l’éblouissement de ce qu’il nomme « la beauté sans beauté ». Son sens du calme est sa façon de résister, digne, debout, à la violence des temps (…) Ses images de plantes, d’écume, de  flux de la lumière et de la matière sont autant d’images du désordre, dénuées de toute vision autoritaire ».

Deux nus féminins allongés sur une plage
Vers 1931-1934 Raoul Hausmann
© ADAGP, Paris, 2017. Photo © Centre Pompidou, MNAM-CCI. Dist. RMN-Grand Palais / Guy Carrard

Proche d’August Sander, Raoul Ubac, Kurt Schwitters ou Lázló Moholy-Nagy, ce dernier avait déclaré à Vera Broïdo : « Tout ce que je sais, je l’ai appris de Raoul. »

Après l’incendie du Reichtag en 1933, déclaré « artiste dégénéré » par les nazis, il cherche à protéger Hedwig Manckiewitz et Vera Broïdo qui sont juives, et choisit l’exil. Commence alors un long voyage d’environ six années à travers l’Europe, durant lequel il séjourne consécutivement à Ibiza, Paris, Ibiza, Zurich, Prague (où il fait des essais de photographie infrarouge), puis à nouveau Paris (où il se lie à de nombreux artistes de l’entre-deux-guerres). Chaque étape, riche en créativité, essentiellement photographique, est suivie de publications et d’expositions.

Maison paysanne (Can Rafal)
1934 Raoul Hausmann
© Musée départemental d’art contemporain de  Rochechouart

Lors de son premier séjour à Ibiza, il est fasciné par la pureté des maisons paysannes en forme de cubes blancs et réalise l’inventaire photographique de ces « architectures sans architecte », populaires, à la fois anciennes et modernes. Nous découvrons ces images hors du temps tout comme les portraits saisissants des habitants, ou cette photo de trois chaises installées en désordre devant un escalier, stupéfiante par sa géométrie parfaite.

Trois chaises 1934, Raoul Hausmann
© Musée départemental d’art contemporain de Rochechouart

Véra a mis fin à leur relation en 1934, Raoul s’est engagé auprès des Républicains pendant la guerre d’Espagne à Ibiza et il connait la seule exposition de son vivant à Prague en 1937. Lors de son séjour à Paris, à l’été 1939, l’approche de la guerre, les origines juives de sa femme et l’insécurité liée à son statut d’immigré vont précipiter son départ en zone libre. Le Limousin devient son refuge où Marthe Prévôt s’installe avec le couple en 1940, jusqu’à leur mort. Malgré une situation financière et matérielle précaire, Hausmann se concentre sur son travail et revient dans l’après guerre à son travail expérimental de l’entre deux guerre tout en poursuivant une intense activité artistique dans les domaines de la photographie, de la peinture, du collage et de l’écriture. Il meurt le 1er février 1971 à Limoges, cinq ans après sa première rétrospective au Moderna Museet de Stockholm.

Raoul Hausmann tenant sa sculpture-assemblage L’Esprit de notre temps, 1964, Marthe Prévôt © Documentation du Musée départemental d’art contemporain de Rochechouart

Raoul Hausmann, un regard en mouvement

GALERIES DU JEU DE PAUME, Place de la Concorde, jusqu’au 20 mai 2018 jeudepaume.org

A signaler également, simultanément au Jeu de Paume, la formidable exposition consacrée à la photographe américaine Suzan Meiselas, « Mediations » qui couvre son parcours depuis les années 1970 jusqu’à aujourd’hui. Sont présentées en particulier ses photos très impressionnantes sur les zones de conflit en Amérique Centrale, un passionnant travail sur le peuple kurde, une série sur l’industrie du sexe et une autre sur la violence domestique.

 

CEIJA STOJKA. Une artiste rom dans le siècle

Ceija Stojka, sans titre, 1995 acrylique sur carton. © Ceija Stojka, Adagp, 2017 Courtesy Collection Antoine de Galbert
Portrait de Ceija Stojka Photo : Christa Schnepf

 

 

 

 

 

 

Il ne faut sous aucun prétexte rater l’exposition CEIJA STOJKA. Une artiste rom dans le siècle qui vient de commencer à la Maison Rouge à Paris. Une fois de plus ce lieu, qui va malheureusement fermer ses portes à la fin de l’année 2018, comme l’a annoncé son directeur, le collectionneur Antoine de Galbert, contribue à nous éblouir en nous présentant cette magnifique et importante exposition. 

Antoine de Galbert en co-signe le commissariat avec Xavier Marchand.

C’est beaucoup à ce dernier que l’on doit la révélation en France de l’oeuvre de Ceija Stojka. Metteur en scène basé à Marseille, Xavier Marchand a découvert son oeuvre en travaillant avec sa compagnie théâtrale Lanicolacheur sur la culture rom. Il décide de faire traduire et publier, Je rêve que je vis Libérée de Bergen-Belsen pour en donner des lectures publiques, puis de faire une exposition de ses œuvres plastiques.

Ceija Stokja est née en Autriche en 1933, cinquième d’une fratrie de six enfants dans une famille de marchands de chevaux rom d’Europe Centrale. Déportée à l’âge de dix ans avec sa mère et d’autres membres de sa famille, elle a survécu à trois camps de concentration, Auschwitz-Birkenau, Ravensbrück et Bergen-Belsen.

A l’âge de 55 ans, elle qui était considérée comme analphabète, s’est lancé dans un incroyable travail de mémoire en écrivant plusieurs ouvrages (quatre au total entre 1988 et 2005), magnifiques, poétiques, offrant ainsi un témoignage inédit de l’expérience d’une femme rom rescapée des camps de la mort. Rendons hommage également à la réalisatrice autrichienne Karin Berger qui l’a aidé à publier ses livres et lui a consacré deux documentaires.

A partir de 1990, elle a commencé à peindre, tous les jours, dans son appartement de la Kaiserstrasse à Vienne, jusqu’à sa mort, en 2013. Autodidacte, elle a peint et dessiné une oeuvre totalisant plus de mille pièces.

La sélection de 130 oeuvres qui est présentée à La Maison Rouge est saisissante. Organisée en plusieurs parties chronologiques, nous sommes d’abord séduits par la première salle, consacrée à des toiles superbes de couleurs et de vie, dédiées au quotidien de sa communauté rom, installée dans la nature exubérante, où fleurs et tissus étincellent au milieu des roulottes. On imagine l’insouciance qui règne alors chez les enfants représentés dans ce tableau intitulé Voyage d’été dans un champ de tournesols. Cette oeuvre appartient à ce qu’elle nomme les «peintures claires » (helle Bilder).

Dès la deuxième salle, nous entrons dans début de l’enfer qui va la toucher elle, sa famille et toute la communauté rom. Ceija a peint les scènes d’arrestation et de terreur au sein même du campement. Aux couleurs rouges des  fleurs, se mêlent les insignes rouges de nazis qui viennent les arrêter. Ils sont « trouvés » comme l’indique le titre de l’un des tableaux, arrêtés et déportés. Commencent là les « peintures sombres » (dunkle Bilder). A Auchwitz d’abord où Ceija y est resté du 31 mars à juin 1944. Ce qui est frappant dans ces toiles si fortes où elle se fait l’archiviste de ces années d’horreur, ce sont les visages des déportés : ils sont devenus transparents, ils n’ont plus de visages. Seuls les Kapos et les soldats expriment leur inhumanité en couleur. Au dos du tableau intitulé SS, elle a écrit « j’ai du mal à écrire ces choses. Excusez moi, Ceija. La vérité. ». Elle écrit souvent directement sur la feuille ses sentiments d’enfant mêlés aux ordres des gardiens, ses courts dialogues avec sa mère et de plus longs textes au dos des dessins. Un livre qui lui est consacré en Allemagne, encore non traduit en français, porte ce titre inimaginable : Même la mort a peur d’Auschwitz.

Nous la suivons ensuite au camp de Ravensbrück (juin- décembre 1944), glacé par la neige et le froid, puis à Bergen-Belsen où arrivera enfin la libération en 1945. Ceija écrit « Lors de la Libération, il faut imaginer le cri des soldats alliés en voyant le camp ! Tant de cadavres ! Les soldats nous touchaient pour savoir si on était vrais, si on était vivants ! Ils ne pouvaient pas comprendre qu’on vive là entre les cadavres, qu’il reste des vivants entre les morts! ». La dernière salle, qui remercie Dieu et une madone, retrouve ses « peintures claires », ses couleurs vives et les champs de tournesols, fleur légendaire des Tsiganes.

Ceija Stojka, Sans titre, sans date, acrylique sur carton. © Ceija Stojka, Adagp, 2017. Courtesy Galerie Kai Dikhas

Exposition CEIJA STOJKA. UNE ARTISTE ROM DANS LE SIÈCLE à la Maison Rouge jusqu’au 20 mai 2018.

EXPOSITION JEAN FAUTRIER MATIERE ET LUMIERE

Jean Fautrier (1898-1964). « L’encrier (de Jean Paulhan) ». Huile sur papier marouflé sur toile. 1948. Paris, musée d’Art moderne.

Aucune forme d’art ne peut donner d’émotion s’il ne s’y mêle pas une part de réel. (…).  Elle la rend lisible; elle en éclaire le sens, elle ouvre sa réalité profonde, essentielle à la sensibilité qui est l’intelligence véritable.

Ces mots de Jean Fautrier résument toute la démarche du peintre à qui le Musée d’art moderne de la Ville de Paris consacre une très belle rétrospective jusqu’au 20 mai prochain.

Jean Fautrier, né en 1898 et mort en 1964, est assez peu connu du grand public. Il est pourtant l’un des artistes les plus importants du XXème siècle.  On ne sait pas sur quel pied danser a déclaré le grand critique et ami du peintre, Jean Paulhan, en parlant de son style.

L’étiquette de peintre « informel » lui a collé à la peau, malgré lui. Son oeuvre qui va du naturalisme à ses débuts, exprime, dans sa période dite noire, quelque chose de plus inquiétant, primitif, pour subir ensuite des déformations travaillées dans une matière épaissie, dans les toiles et dans les sculptures.

Le nu féminin est une constante dans son oeuvre et l’exposition nous livre ces merveilles, souvent lourdes, portraits gonflés de sève charnelle, de forces élémentaires comme l’écrit le critique Pierre Cabanne. Les paysages (comment oublier son chef d’oeuvre  intitulé Forêt), les natures mortes (des bouquets telles les Fleurs noires ou des animaux écorchés) mais aussi la série des Objets, (l’encrier est mon préféré !) témoignent de son ancrage dans le réel, sans doute pour mieux libérer la figuration, comme il l’a dit.

Passant du noir à la couleur, il expérimente plusieurs techniques : la sanguine, le pastel, le dessin à la plume, la peinture. Fautrier, selon Paulhan, s’est fabriqué une matière à lui, qui tient de l’aquarelle et de la fresque, de la détrempe et de la gouache; où le pastel broyé se mêle à l’huile, et l’encre à l’essence.

Jean Fautrier s’est engagé en solitaire, dans son art et dans le siècle, un enragé dira Paulhan, qui a rejeté les compromis et les influences. Ma peinture figurative ne vaut rien, dira t il. La peinture moderne se contente de l’essentiel , elle suggère plus qu’elle ne justifie ». Cette exigence ne l’a jamais quitté.

C’est dans son existence qu’il puise sa vison et sa pensée.  Elevé à Paris, formé à Londres mais rejetant une carrière de peintre de commande, il traverse d’abord la première guerre mondiale qui le marque durablement. Les années 20 sont celles d’une intense production, jalonnées par ses premières expositions. En 1928, il rencontre André Malraux qui lui commande une série de planches destinées à illustrer L’Enfer de Dante. L’oeuvre, jugée trop avant gardiste, ne sera pas publiée. Malraux et Fautrier sont liés par une perception commune du tragique de l’histoire en marche, renforcée par les événements de la Guerre d’Espagne et l’avancée nazie. Et, de façon plus générale, ils partagent la conviction qu’il faut transformer la figuration, figurer sans représenter.

Il se replie à la montagne en 1934, fondant dans les Alpes, une école de ski et gérant un hôtel puis un dancing. De retour à Paris pendant l’Occupation, c’est à Chatenay-Malabry qu’il se réfugie en 1943. Résistant, homme engagé dans son époque, ami de Paul Eluard, René Char ou Francis Ponge, il expose en 1945 sa série des Otages qui suscite l’admiration de Jean Dubuffet.

L’oeuvre de Jean Fautrier et sa renommée sont marquées par des va et vient, d’éclipses en fulgurances, de reconnaissance précoce en insuccès. Lauréat du Grand Prix International de la XXXè Biennale de Venise en 1960, il se voit consacré en 1964 par une grande rétrospective de son oeuvre organisée par le musée d’art moderne de la Ville de Paris. Il meurt le 21 juillet, le jour prévu pour son mariage avec sa dernière compagne.

Jean Fautrier (1898-1964). Photographie d’André Ostier (1906-1994). Noir et Blanc, 1954. Paris, musée d’Art moderne.

Exposition Jean Fautrier, Matière et lumière     

jusqu’au 20 mai 2018  Musée d’Art moderne de la Ville de Paris 11 Avenue du Président Wilson 75116 Paris www.mam.paris.fr

ENQUETES VAGABONDES, Le voyage illustré d’Emile Guimet en Asie

ENQUETES VAGABONDES, un titre général, qui ne dit pas grand chose d’une exposition qui se tient jusqu’au 12 mars au Musée des arts asiatiques-Guimet à Paris. Mais si on fait l’effort de lire le sous titre Le voyage illustré d’Emile Guimet en Asie, alors la curiosité prend le dessus. Et on ne regrette pas de se rendre  Place d’Iena, dans ce palais des merveilles qu’est ce musée, pour  parcourir une exposition qui nous entraine sur les traces de son fondateur, Monsieur Emile Guimet, figure singulière du XIXème siècle, personnage atypique comme notre époqun’en produit plus beaucoup.

Né en 1836, ce riche bourgeois, fils d’industriel lyonnais, philanthrope, préoccupé par le progrès social, militant pour l’instruction, est tout autant inscrit dans son temps et dans la modernité qu’habité par le goût du passé, des religions, de l’Egypte et de l’Asie.

Orientaliste, collectionneur, créateur de revues, auteur, il est aussi compositeur. D’une érudition inclassable alliée à une curiosité insatiable, il aime partir, découvrir, s’ouvrir au monde, moins dans une quête d’exotisme que dans un souci de comprendre l’autre et de le faire connaître. Toujours accompagné d’amis, il découvre l’Espagne en 1862 avant l’Égypte, qu’il juge le lieu de tous les possibles. Et il découvre sa vocation en visitant le musée de Boulaq, l’ancêtre du musée du Caire. Ses carnets de voyage, publiés à son retour, reflètent autant sa curiosité que son humour et son anticonformisme. Ses voyages lui ouvrent des perspectives. En 1876, il obtient du Ministère de l’instruction publique et des Beaux arts une « mission destinée à étudier les religions du Japon, de la Chine et des Indes ». Et il s’embarque au Havre pour un extraordinaire voyage, des États-Unis au Japon et de la Chine à l’Inde. Il propose à l’artiste Felix Régamey, rencontré probablement dans le berceau familial des Guimet, à Fleurieu sur-Saône, de l’accompagner en Asie. Personnalité originale, aux sympathies communardes, passionné par le Japon, maitrisant mieux l’anglais que Guimet, Régamey accepte l’aventure pour croquer sur le vif les scènes du voyage.

Ce sont leurs « enquêtes vagabondes » que nous propose aujourd’hui le musée parisien. Documentée par les formidables croquis et peintures de Régamey mais aussi par des photos, objets personnels, échanges épistolaires, l’exposition suit le voyage de ces deux personnalités atypiques : « dix mois qui éclaireront tout le reste de nos vies », dirent-ils.
Lors des différentes étapes, Guimet se renseigne auprès des érudits dans le cadre de son enquête sur les religions d’Extrême-Orient. Il en rapporte des centaines de sculptures, un peu moins de dessins et de peintures, des œuvres diverses. Et surtout une fantastique manne d’idées et de livres. Les deux amis ne parvinrent pas réellement à découvrir la Chine dont ils ne connurent que la lisière. L’illustration du voyage et l’étrange récolte d’œuvres de Guimet seront exposées au Trocadéro en 1878. Le tout amorcera un musée, que Guimet cherchera tout d’abord à fonder dans sa ville, Lyon. Mais devant le peu d’intérêt de la ville, le musée sera transféré à Paris où il connaîtra dès 1889 l’essor dont son fondateur avait rêvé : « un musée qui pense, un musée qui parle, un musée qui vit ».

ENQUETES VAGABONDES, Le voyage illustré d’Emile Guimet en Asie, Musée national des arts asiatiques – Guimet 

6 place d’Iéna 75116 Paris, jusqu’au 12 mars 2018