Sabine Weiss, photographe humaniste

 

Paris, France, 1953, épreuve gélatino-argentique 29,9 x 20,2 cm
Collection Centre Pompidou, Paris ©  Centre Pompidou, MNAM-CCI/Philippe Migeat/Dist. RMN-GP © Sabine Weiss

Il est des expositions de photos qui procurent un vrai plaisir. Celle présentée au Centre Pompidou jusqu’au 15 octobre prochain, consacrée au travail de Sabine Weiss, en fait partie.  Au delà du plaisir, sa visite a constitué pour moi une découverte, une révélation, car, j’ose avouer que, si le nom de Sabine Weiss m’était familier, j’avais jusque là raté tous les rendez vous parisiens qui lui avaient été consacrés, telles l’exposition du Musée d’Art moderne en 2006 ou la rétrospective « Sabine Weiss. Un demi-siècle de photographies », à la Maison européenne de la photographie, en 2008. Je ne m’en vante pas.

Pourtant, Sabine Weiss est une figure majeure du courant de la photographie humaniste et sa dernière représentante. « La réception de la photographie humaniste en France est une histoire d’amour et de haine, tiraillée entre le profond enthousiasme du public et le mépris d’une critique progressiste. Souvent désignée comme « produit national », cette photographie humaniste a été défendue par certain comme une incarnation de l’esprit français, décriée par d’autres pour sa vision du monde trop simpliste », précise Karolina Ziebinska-Lewandowska, la commissaire de l’exposition dans le très beau catalogue qui accompagne l’événement.

Portrait de sabine Weiss © Patrice Delatouche

Née Weber en 1924 en Suisse, Sabine décide très tôt de devenir photographe. Elle publie son premier reportage à vingt et un ans, en 1945, puis s’installe à Paris qui deviendra sa ville d’adoption (elle sera naturalisée française en 1995). Après quelques années auprès du photographe Willy Maywald dont elle est l’assistante, elle se lance comme photographe indépendante en1949. C’est l’époque où elle rencontre l’artiste américain Hugh Weiss, qui devient son mari et le père de sa fille. Son activité indépendante est florissante : elle travaille pour la mode, la publicité, des fabricants de tissus, Le Printemps….L’année 1952 marque un tournant : elle rencontre Robert Doisneau dans le bureau de Michel de Brunhoff qui dirige la revue Vogue. Le photographe ne tarit pas d’éloges sur son travail, ce qui favorise, d’une part, son engagement à la revue où elle reste sous contrat neuf ans, et, d’autre part, l’arrivée d’un courrier de l’Agence Rapho l’invitant à venir montrer son travail. C’est finalement le patron de Rapho à New York, Charles Rado, qui l’intègre à l’Agence et devient ami du couple Weiss. La carrière internationale de Sabine est lancée. Elle bénéficie alors de nombreuses parutions dans Newsweek, Picture Post, Du, Votre santé, Votre enfant, Ihre Freundin, Sunday Graphic, Paris Match. Sous l’aile de  Rado, elle participe à l’exposition « Post-War European Photography » au Museum of Modern Art de New York (1953) et présente sa première exposition personnelle à l’Art Institute of Chicago (1954). C’est à Charles Rado, encore, qu’elle doit  la présence de trois de ses photos dans l’exposition devenue mythique, The Family of Man, présentée par Edward Steichen au MoMA à New York en 1955. Elle a trente ans. Depuis, la liste de ses expositions est impressionnante, aux Etats Unis et en Europe.

Paris, 1955
Epreuve gélatino-argentique 30,5 x 24 cm
41 x 30 cm Collection Centre Pompidou, Paris
© Centre Pompidou, MNAM-CCI/Philippe Migeat/ Dist. RMN-GP © Sabine Weiss

« Les villes, la rue, l’autre », présentée ces jours-ci au Centre Pompidou, couvre la période 1945-1960. Près de quatre- vingts photographies vintage, pour la plupart inédites, sur le thème de la rue, sont issues d’un achat par le musée national d’art moderne et d’un don récent de la photographe, qui a souhaité confier un ensemble significatif de photographies au Centre Pompidou. « …elle s’intéresse au quotidien,  nous explique Karolina Ziebinska-Lewandowska, dans ses photographies, réalisées pour elle-même, dans les moments libres, elle pose un regard à la fois doux et compréhensif sur les habitants de sa ville. Sabine Weiss est à la recherche des beautés simples des moments suspendus, de repos ou de rêverie sans pour autant cacher la pauvreté du quotidien de l’Europe de l’après-guerre. Ses œuvres sont pleines de lumière, de jeux d’ombres et de flous mais elles témoignent aussi et surtout d’un engagement de la photographe en faveur d’une réconciliation avec le réel. L’exposition propose de réactualiser le regard posé sur cette production, riche et variée, qui par bien des aspects dépasse le seul contexte de la photographie humaniste ». 

Enfants dans un terrain vague, Porte de Saint-Cloud, Paris, France, 1950 épreuve gélatino-argentique, 30,7 x 20,6 cm
Collection Centre Pompidou, Paris © Centre Pompidou, MNAM-CCI/ Philippe Migeat/Dist. RMN-GP
© Sabine Weiss

A Paris, à New York, ou à Moscou, son oeil capte l’humain, le rythme de chaque capitale, ses ambiances particulières. 

A Paris, elle aime les enfants dans les terrains vagues, le reflet de passants dans une flaque d’eau ou dans une vitrine mouillée par la pluie, les clochards sur les quais de Seine, les ombres qui s’étirent, les lumières de la nuit….

New York, États-Unis,1955, épreuve gélatino-argentique
Collection Centre Pompidou, Paris
© Centre Pompidou, MNAM-CCI/ Philippe Migeat/Dist. RMN-GP
© Sabine Weiss

A New York, elle saisit le bouillonnement de la ville, les piétons pressés, les les gens dans la rue toujours en mouvement….Un autre rythme, une autre respiration…

Face à ces photos new-yorkaises, une photo de poubelles, réalisée en 2012 par Viktoria Binschtok est saisissante, puissante. Elle dialogue, comme les photos de trois autres photographes contemporains, Paul Graham, Lise Sarfati et Paola Yacoub, avec les photos de Sabine Weiss  : « Leurs approches radicalement différentes permettent de poser un nouveau regard sur l’œuvre de la photographe humaniste », suggère la commissaire de l’exposition. 

Sabine Weiss au Centre Pompidou entourée de sa famille le 18 juin 2018

Une belle surprise nous attendait à la sortie de la galerie de photographie : Sabine Weiss, en personne, 94 ans, pétillante d’humanité et de vitalité, entourée par plusieurs générations familiales. Magnifique !

SABINE WEISS  LES VILLES, LA RUE, L’AUTRE 

20 JUIN – 15 OCTOBRE 2018 

galerie de photographies, forum -1 Centre Pompidou
Plus d’infos sur www.centrepompidou.fr 

exposition ouverte de 11h à 21h tous les jours, sauf le mardi  Entrée libre