GILLES CARON PARIS 1968

Manifestation CGT
rue du Havre,
Paris 29 mai 1968
© Gilles Caron / Fondation Gilles Caron

Dans le cortège des célébrations des événements de mai 1968, la Mairie de Paris a pris l’excellente initiative de présenter à l’Hôtel de Ville, jusqu’au 28 juillet prochain, une superbe exposition de photographies de Gilles Caron, permettant au visiteur de revivre ou de découvrir la chronique de cette année historique, essentiellement à Paris mais aussi sur d’autres terrains, tel le Biafra, où se joue une terrible guerre qui laisse affamée des millions de personnes.

 

Gilles Caron
© Fondation Gilles Caron courtesy School Gallery / Olivier Castaing

Cette promenade dans quelques 300 photographies nous immerge dans le regard d’un jeune photographe. Gilles Caron a alors 29 ans, est photographe à l’agence Gamma aux côtés, entre autre, de Raymond Depardon. Il est marié avec Marianne et père deux fillettes, Marjolaine et Clémentine. Il photographie avec autant d’acuité le monde du cinéma et du show-bizz que les conflits du monde : il couvre la Guerre des Six jours, la guerre du Vietnam, la guerre civile au Biafra, les incidents en Irlande du Nord, l’anniversaire du Printemps de Prague, se rend dans le Tibesti Tchadien et au Cambodge. C’est précisément au cours de ce dernier reportage qu’il disparait le 5 avril 1970, avec deux autres journalistes, sur la route n°1 qui relie le Cambodge au Vietnam. Il a 30 ans. 

 ʺ Caron n’est ni le premier ni le seul de sa génération à avoir « réussi » des allégories par l’actualité, mais il est bien celui qui en a le mieux compris le mécanisme et a su les reproduire, les modeler jusqu’à les transformer en signes contemporains capables d’énoncer une idée. L’actualité est sa matière première, et le monde son atelier. ʺ écrit Michel Poivert, historien de la photographie et commissaire de l’exposition.

Jean-Louis Trintignant sur le tournage de La longue marche film d’Alexandre Astruc.
2 février 1966
© Gilles Caron / Fondation Gilles Caron

L’actualité qui ouvre l’exposition est celle des « vedettes » comme on disait à l’époque. Claude François, France Gall, Françoise Hardy, Jane Birkin et Serge Gainsbourg sont merveilleusement photographiés aux côtés de Jean-Louis Trintignant, Romy Schneider, Brigitte Fossey, Alain Delon, François Truffaut ou Jean-Luc Godard. Ils sont beaux, ils sont jeunes, comme Gilles Caron en cette année 68. Puis toute une salle est consacrée à une série de portraits époustouflants du Général de Gaulle, lors d’un déplacement en Roumanie en mai 68 : gravité et inquiétude se lisent sur ce visage saisi en multiples plans rapprochés. Comprend-il le tournant qui est en train de se jouer alors ? Sait il que son pouvoir est en train de vaciller ?

 

La parole s’écrit à
la faculté de Nanterre, avril 1968.
© Gilles Caron / Fondation Gilles Caron

Nous entrons ensuite sur le terrain du « Mai 68 » plus familier, si l’on peut dire, celui du campus universitaire de Nanterre où Caron installe la révolte étudiante dans le décor   architectural et social : les immeubles modernes sont très présents tout comme les taudis des immigrés algériens. « Danny le Rouge » est déjà leader et la jeunesse écrit sur les murs de la fac la vie de liberté qu’elle attend. 

 

Daniel Cohn-Bendit devant la Sorbonne, Paris, mai 1968
© Fondation Gilles Caron courtesy School Gallery / Olivier Castaing

 Le commissaire de l’exposition nous met en garde : « …Caron n’est pas un « soixante-huitard »….Il est déjà trop mûr, et même si sa conscience politique est forgée sur le modèle de l’intellectuel engagé qu’est alors Jean-Paul Sartre, sa position est choisie  : il écrit au présent une chronique de l’époque en passant de chaque côté des barrières et des barricades ».  C’est ainsi qu’il photographie avec la même force les étudiants, les ouvriers ou les paysans qui manifestent, que les flics en face. Tout comme il saisit avec la même intensité les regards des militants réunis à l’appel de CGT le 27 mai au stade Charléty que ceux des gaullistes manifestant leur soutien au Général, le 30 mai sur les Champs Elysées…Et toujours Daniel Cohn Bendit, présent au centre des événements, l’oeil rieur et déterminé, dont cette série de clichés devenue iconique où Caron a su saisir les échanges de regard entre Dany et un policier. 

 

Le lanceur de pavé, Paris, mai 1968
© Fondation Gilles Caron courtesy School Gallery / Olivier Castaing

On aime particulièrement la salle présentant une suite de clichés qui transforme la guérilla urbaine en une chorégraphie en noir en blanc, donnant aux corps des manifestants la grâce de danseurs en apesanteur. 

 

Grève des éboueurs, quai de la Conférence, Paris 23 mai 1968 © Gilles Caron / Fondation Gilles Caron

Le photographe, toujours attentif à montrer tous les aspects du mouvement, nous réveille avec les Parisiens sonnés par les violences des manifs, en révélant en couleur les désordres de la ville : l’amoncellement des cageots sur les berges de la Seine en est l’extraordinaire symbole.

Notre promenade prend fin avec des images saisissantes de la famine au Biafra, rappelant que Gilles Caron avait à coeur, par ses reportages, de témoigner d’un monde, qui, excédant les pavés parisiens, rappelait alors à « ceux qui font 68 » le nécessaire engagement dans des luttes planétaires.

Exposition gratuite à l’Hôtel de Ville
Salle Saint-Jean
jusqu’au  28 juillet 2018 

Une exposition conçue et réalisée avec la Fondation Gilles Caron 

Le catalogue de l’exposition est publié chez Flammarion

Plus d’informations sur https://www.paris.fr