CHRIS MARKER à la Cinémathèque Française

A l’heure où s’ouvre le 71ème Festival de Cannes, la Cinémathèque française présente une exposition consacrée à une figure singulière du monde du cinéma puisqu’à son nom, et surtout à son oeuvre, la qualité de réalisateur est parfaitement insuffisante. 

Le résistant, l’écrivain, le cinéaste, l’amateur d’art, l’anticolonialiste, le chroniqueur, l’ami des chats, le cinéphile, l’éditeur, le voyageur, le photographe, le documentariste, l’explorateur du temps, l’activiste, le monteur, l’homme des collectifs, l’historien, l’explorateur des techniques, l’archiviste, le compositeur, le passionné d’informatique sont autant de facettes de Chris Marker que les commissaires de l’exposition Christine Van Assche, Raymond Bellour et Jean-Michel Frodon, explorent dans un parcours chronologique qu’ils intitulent plutôt un voyage, un voyage dans l’espace et dans le temps, de la Deuxième Guerre mondiale jusqu’à la mort du cinéaste en 2012. 

Voyage dans les engagements de Chris Marker : la résistance tout d’abord, puis son anti-colonialisme, ses soutiens aux mouvements politiques du siècle explorés dans plusieurs de ses documentaires tournés à Cuba ou en Israël (Description d’un combat), ses réflexions historiques (Le fond de l’air est rouge, le Tombeau d’Alexandre), son observation de la société dans le Paris de l’après guerre d’Algérie (Le joli Mai), ses réflexions sur l’engagement révolutionnaire, dont bien entendu Mai 68, mais aussi le Chili ou la Guinée Bissau.

Voyage dans les différents moyens d’expression qu’il a exploré outre le cinéma : la photo, l’écriture, la vidéo, les collages et, lorsqu’il les découvrira, les arts informatiques.

Voyage à la surface de la planète, infatigable globe-trotter, curieux du monde et de ses habitants : la Californie, l’Islande, la Corée, la Guinée- Bissau, la Sibérie, la Chine, l’Amérique latine de Mexico à Valparaiso en passant par La Havane, jalonnent ces trajets, où l’amour du Japon occupe une place singulière. Dans le prolongement de ce goût pour les voyages, on lui doit cette formidable collection « Petite Planète », créée aux Editions du Seuil, qui a révolutionné le guide de voyage par les correspondances entre textes et images.

Voyage à la découverte d’un homme qui avait choisi de disparaître derrière ses travaux, multipliant les pseudonymes, refusant d’apparaître en public autrement que par l’entremise du chat facétieux et érudit Guillaume-en-Égypte. 

L’exposition nous permet, grâce aux archives qu’il a laissé à sa mort (576 cartons !), de parcourir des documents où l’on croise ceux qui ont été ses complices dans son parcours artistique, tels Agnès Varda, Costa-Gavras ou Jean_luc Godard, Marina Vlady, Pierre Lhomme, William Klein ou encore Alain Resnais, Simone Signoret et Yves Montand, François Maspéro ou Hervé Bazin…On découvre des correspondances, des coupures de presse, des oeuvres originales qui lui avaient été offertes, ses propres créations plastiques jusque là inconnues ainsi que deux grandes installations.

Le parcours fait la place belle aux films eux-même, dont le plus connu, La Jetée (1962), photo-roman de science fiction. La Jetée constitue sa seule vraie fiction, entièrement presque composée de photos en noir et blanc, sublime noir et blanc. Film politique qui nous projette dans les sous sols d’un Paris ravagé par la radioactivité à la fin de la Troisième Guerre Mondiale, où d’horribles tortionnaires (mais question : pourquoi l’un d’eux se dénomme t il le Dr Rubinstein?) pratiquent d’obscurs expériences. L’une d’elle nous entraine dans la rêverie d’un homme hanté par l’image d’une femme et cet amour virtuel, rythmé par une très forte présence musicale, nous projette dans la confusion du présent et du passé, de la présence et de l’absence, pour notre plus grand plaisir…

L’exposition s’intitule les 7 vies d’un cinéaste…Une vie par jour de la semaine ? La richesse de la proposition de la Cinémathèque nous laisse penser que Chris Marker en a vécu beaucoup plus.

EXPOSITION CHRIS MARKER, les 7 vies d’un cinéaste

Cinémathèque Française jusqu’au 29 juillet 2018

Autour de l’exposition : 

  • Visites guidées tous les dimanches à 15h30 + Nocturne exceptionnelle dans le cadre de la Nuit des Musées le 19 mai.

  • le catalogue de l’exposition édité par La Cinémathèque française.

Coffrets, DVD chez ARTE EDITIONS

  • Rétrospective intégrale des films réalisés par Chris Marker. : La Jetée, Le fond de l’air est rouge, Le Joli Mai, Sans soleil, des vidéos et programmes télévisés, comme L’Héritage de la chouette.

  • Mais aussi : les films auxquels il a collaboré, le documentaire Chris Marker, Never Explain, Never Complain et les grands films classiques qu’il aimait et avec lesquels ses propres réalisations dialoguent : Le Cuirassé Potemkine de Serguei M. Eisenstein, La Passion de Jeanne d’Arc de Carl Theodor Dreyer, Ran d’Akira Kurosawa…

Plus d’infos sur cinémathèque.fr

Retenez votre date ! Nouvelle exposition d’Alain Blondel, Multivalences

ALAIN BLONDEL, 

MULTIVALENCES 

Exposition du 25 mai au 13 juillet 2018

Galerie 24b.

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24 bis, rue Saint Roch 75001 Paris www.24b.paris 

Les multivalences d’Alain Blondel se tissent sur la toile, s’incrustent dans notre rétine et se propagent dans une immensité indéterminée. Espace organique, cosmique, virtuel ? Sans doute ces ramifications font-elles appel à tous ces champs d’exploration. 

Ce nouveau travail d’Alain Blondel est la résultante de deux années de digressions, tentatives et finalement la décision que ce firmament de traits et de points étaient la direction à suivre. A poursuivre. Les courbes, les arabesques, les lignes fines ou denses, alternent sur les fonds bruns et bleu nuit ; tantôt, ils emprisonnent le regard, tantôt, ils le libèrent. Pas de bord dans ce travail, un rythme, une impulsion, un continuum qui n’est fait que de césures. 

De nombreux tableaux de cette série inédite sont présentés dans le bel espace de la Galerie 24b. Des petits formats à un impressionnant triptyque, Alain Blondel décline l’horizontalité. 

Ingrid Pux, Commissaire de l’exposition 

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« Lire un livre et vouloir entamer une discussion avec son défunt auteur.
Drôle d’idée?
Ressentir cette nécessité comme une orientation calorique, une ur- gence, 

Encore plus étrange? 

Pourtant c’est ce qui m’est arrivé avec « Point Ligne sur Plan » J’ai mangé Kandinsky.
Je me suis glissé dans ses questions,
j’ai farfouillé dans ses réponses, 

J’ai bricolé à l’intérieur de toutes ses affirmations. Un siècle plus tard.
Ce livre a tout arrêté net. 

Évanouies mes questions ritournelles, Estompées mes obsessions valsantes. Tout est tombé du camion.
Place nette. 

Comme un doux retour à des temps initiaux, Présent amnésique. 

C’est la peinture, seule, qui pourra lui répondre,
Dans la contrainte exclusive du Point et de la Ligne,
C’est elle qui offrira à mes regards des chemins inconnus,
Qui réalisera des routes contrariées ouvrant sur des panoramas in- certains.
Des voies qui, aujourd’hui seulement, peuvent devenir visibles. 

Lignes volatiles en configurations instables
Formes dégringolantes pour regard balayant,
Ces Multivalences sont une réponse furtive et aventureuse à Monsieur Kandinsky. » 

Alain Blondel 

ALAIN BLONDEL est né à Lyon en 1950. Il est fils unique, né d’une famille de garagiste. A 17 ans, son goût de la peinture l’amène à par- ticiper à la mise en place d’expositions dans un grand théâtre lyonnais. Là, il rencontre des peintres dont Edouard Pignon, ami intime de Picasso. Il aime être dans les ateliers et regarder comment se fait la peinture. Il ne se sait pas encore peintre. Il se pense plutôt poète. Il écrit. En 1973 il quitte Lyon qu’il trouve trop «provincial» et s’installe à Paris. Il poursuit des études universitaires et accumule les diplômes (Droit, sociologie, sciences politiques). Il organise aussi des expositions pour les artistes qu’il aime. Un jour de printemps 1978 il commence à peindre . Très vite il comprend qu’il tient là «son» moyen d’expression. Sa vie s’en trouve bouleversée. Il sait que la route sera longue et escarpée mais il sait aussi qu’il aura la force de la fraîcheur. En peinture il doit tout apprendre. A sa façon. C’est là qu’il regarde les maîtres que sont pour lui Matisse et Cézanne. Il a toujours pensé qu’être artiste c’est être au monde, le plus possible. Sans doute pour mieux approcher ses secrets.