Bruno Nuytten, Per Kirkeby, et Gérard Garouste

Le fondement de la création artistique, c’est d’observer et de consigner, a dit le peintre danois Per Kikerby. Ce préambule pourra sans doute s’appliquer aux trois artistes actuellement exposés à Paris, dans le quartier du Marais.

Bruno Nuytten

Parlons tout d’abord de Bruno Nuytten car son exposition se termine très rapidement, samedi 24 mars. Nous connaissions l’immense chef opérateur qu’il fut dans les années 70 et 80 : il a éclairé, entre autres, les films de Marguerite Duras, Bertrand Blier, André Téchiné, Alain Fleischer, Bertrand Blier, Andrzej Zulawski, Alain Resnais, Jacques Doillon, Jean Luc Godard ou Claude Berri…Et on lui doit la réalisation de Camille Claudel en 1987 avec Isabelle Adjani et Gérard Depardieu et de Passionnément en 1999 avec Charlotte Gainbourg et Gérard Lanvin. Il a choisi de quitter le cinéma en 2001 pour appréhender le réel autrement.  C’est à une nouvelle production d’images que nous convoque l’exposition de la Galerie Cinéma, ces Images retrouvées, conçues à partir de captures brutes, où matière et lumière produisent une étrangeté, souvent primitive, dont Aurélien Ferenczi parle bien : « Impossible de ne pas penser à la première scène de Camille Claudel, quand la jeune artiste plonge nuitamment et sauvagement les mains dans la boue à la recherche de l’argile qu’elle façonnera. Bruno Nuytten saisit lui aussi la matière brute du monde.» Dans le film qui accompagne l’exposition, réalisé par Caroline Champetier en 2015, Bruno Nuytten révèle : « Il y a une obligation romanesque dans ce que je vis ». Magnifique programme !

« Untitled », 1999 de Per KIRKEBY – Courtesy ALMINE RECH GALLERY

A quelques mètres de la Galerie Cinéma, poussez le portail du 64 rue de Turenne pour entrer dans la cour d’un très bel hôtel particulier, comme le Marais en recèle tant. La Galerie Almine Rech nous accueille et commence alors un éblouissement : celui provoqué par les toiles du peintre Per Kirkeby. Né à Copenhague, ce jeune artiste de 79 ans, assez peu connu en France,  est une star dans son pays. L’Ecole des beaux-arts de Paris lui avait consacré une exposition monographique en décembre 2017. Je suis un peintre de l’ancienne mode, qui est soumis et dépendant des choses perçues et vues, comme de la lumière qui l’entoure, a t il expliqué. On aime particulièrement cette « ancienne mode », celle qui rappelle les couleurs et les formes des Nabis, de Cézanne ou de Matisse, dont on perçoit des morceaux de lumière, particulièrement en s’arrêtant devant les quatre très grands formats présentés au centre de la galerie. L’abstraction est là, et pourtant nous sommes DANS les paysages et la nature « Proches de la nature, les formes de Kirkeby se cristallisent en des motifs variés à partir du hasard et du chaos. L’abstraction lui permet d’imiter la manière de créer de la nature, sur laquelle il projète son regard de géologue et sa compréhension épique du temps et de la mémoire qu’elle enferme en son sein…» confirme Dieter Burchhart dans le catalogue de l’exposition.

Gérard Garouste © Musée de la Chasse et de la Nature. Cliché : David Bordes.

Poursuivons cette promenade dans les formes et les couleurs, jusqu’à la rue des Archives, au Musée de la Chasse et de la Nature.  Après la carte blanche  donnée cet automne à Sophie Calle, Claude d’Anthenaise, maitre des lieux, a passé commande à l’un des grands artistes contemporains de notre temps, Gérard Garouste, lui proposant, comme pour chacun des artistes invités par l’institution, de faire résonner son travail avec les thématiques du musée. A travers son interprétation du mythe de Diane et Actéon, relaté par le poète latin Ovide (43 av. J.C. – 17 ap. J.C.) dans ses Métamorphoses, Garouste nous offre une suite de toiles très fortes.  Séduit par le mythe qui met en scène le chasseur Actéon transformé en cerf par la déesse Diane alors que ce simple mortel avait osé admirer la divinité en train de se baigner nue, l’artiste propose sa vision du drame, sans hésiter à donner les traits de son épouse, Elisabeth Garouste, à la déesse et les siens à Actéon, qui deviendra la proie des chiens. Les toiles vives et tourmentées sont complétées par un ensemble d’études et de dessins réalisés par l’artiste. L’exposition entre en résonance avec les œuvres anciennes illustrant ce thème au sein des collections permanentes du musée, qui sont toujours un très grand plaisir à parcourir.

Bruno Nuytten, Images retrouvées, Galerie Cinéma, 26, rue Saint-Claude Paris, 3è, galeriecinema.com jusqu’au 24 mars. A noter : Bruno Nuytten sera présent le 24 à partir de 15h à la Galerie.

Per Kirkeby, Almine Rech Gallery, 64, rue de Turenne, Paris, 3è www.alminerech.com   jusqu’au 14 avril.

Gérard Garouste, Diane et Actéon, musée de la Chasse et de la Nature, 62, rue des Archives, Paris 3è, http://www.chassenature.org/gerard-garouste-diane-et-acteon/ jusqu’au 1er juillet.