EXPOSITION JEAN FAUTRIER MATIERE ET LUMIERE

Jean Fautrier (1898-1964). « L’encrier (de Jean Paulhan) ». Huile sur papier marouflé sur toile. 1948. Paris, musée d’Art moderne.

Aucune forme d’art ne peut donner d’émotion s’il ne s’y mêle pas une part de réel. (…).  Elle la rend lisible; elle en éclaire le sens, elle ouvre sa réalité profonde, essentielle à la sensibilité qui est l’intelligence véritable.

Ces mots de Jean Fautrier résument toute la démarche du peintre à qui le Musée d’art moderne de la Ville de Paris consacre une très belle rétrospective jusqu’au 20 mai prochain.

Jean Fautrier, né en 1898 et mort en 1964, est assez peu connu du grand public. Il est pourtant l’un des artistes les plus importants du XXème siècle.  On ne sait pas sur quel pied danser a déclaré le grand critique et ami du peintre, Jean Paulhan, en parlant de son style.

L’étiquette de peintre « informel » lui a collé à la peau, malgré lui. Son oeuvre qui va du naturalisme à ses débuts, exprime, dans sa période dite noire, quelque chose de plus inquiétant, primitif, pour subir ensuite des déformations travaillées dans une matière épaissie, dans les toiles et dans les sculptures.

Le nu féminin est une constante dans son oeuvre et l’exposition nous livre ces merveilles, souvent lourdes, portraits gonflés de sève charnelle, de forces élémentaires comme l’écrit le critique Pierre Cabanne. Les paysages (comment oublier son chef d’oeuvre  intitulé Forêt), les natures mortes (des bouquets telles les Fleurs noires ou des animaux écorchés) mais aussi la série des Objets, (l’encrier est mon préféré !) témoignent de son ancrage dans le réel, sans doute pour mieux libérer la figuration, comme il l’a dit.

Passant du noir à la couleur, il expérimente plusieurs techniques : la sanguine, le pastel, le dessin à la plume, la peinture. Fautrier, selon Paulhan, s’est fabriqué une matière à lui, qui tient de l’aquarelle et de la fresque, de la détrempe et de la gouache; où le pastel broyé se mêle à l’huile, et l’encre à l’essence.

Jean Fautrier s’est engagé en solitaire, dans son art et dans le siècle, un enragé dira Paulhan, qui a rejeté les compromis et les influences. Ma peinture figurative ne vaut rien, dira t il. La peinture moderne se contente de l’essentiel , elle suggère plus qu’elle ne justifie ». Cette exigence ne l’a jamais quitté.

C’est dans son existence qu’il puise sa vison et sa pensée.  Elevé à Paris, formé à Londres mais rejetant une carrière de peintre de commande, il traverse d’abord la première guerre mondiale qui le marque durablement. Les années 20 sont celles d’une intense production, jalonnées par ses premières expositions. En 1928, il rencontre André Malraux qui lui commande une série de planches destinées à illustrer L’Enfer de Dante. L’oeuvre, jugée trop avant gardiste, ne sera pas publiée. Malraux et Fautrier sont liés par une perception commune du tragique de l’histoire en marche, renforcée par les événements de la Guerre d’Espagne et l’avancée nazie. Et, de façon plus générale, ils partagent la conviction qu’il faut transformer la figuration, figurer sans représenter.

Il se replie à la montagne en 1934, fondant dans les Alpes, une école de ski et gérant un hôtel puis un dancing. De retour à Paris pendant l’Occupation, c’est à Chatenay-Malabry qu’il se réfugie en 1943. Résistant, homme engagé dans son époque, ami de Paul Eluard, René Char ou Francis Ponge, il expose en 1945 sa série des Otages qui suscite l’admiration de Jean Dubuffet.

L’oeuvre de Jean Fautrier et sa renommée sont marquées par des va et vient, d’éclipses en fulgurances, de reconnaissance précoce en insuccès. Lauréat du Grand Prix International de la XXXè Biennale de Venise en 1960, il se voit consacré en 1964 par une grande rétrospective de son oeuvre organisée par le musée d’art moderne de la Ville de Paris. Il meurt le 21 juillet, le jour prévu pour son mariage avec sa dernière compagne.

Jean Fautrier (1898-1964). Photographie d’André Ostier (1906-1994). Noir et Blanc, 1954. Paris, musée d’Art moderne.

Exposition Jean Fautrier, Matière et lumière     

jusqu’au 20 mai 2018  Musée d’Art moderne de la Ville de Paris 11 Avenue du Président Wilson 75116 Paris www.mam.paris.fr