Festen, voir l’invisible

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Se rendre aux Ateliers Berthier pour découvrir Festen de Thomas Vinterberg et Mogens Rukov, dans la mise en scène de Cyril Teste, fait partie de ces expériences rares de spectateur au théâtre.
Installé dans notre fauteuil, nous découvrons simultanément un décor, une lumière, des sons et des odeurs, qui nous invitent immédiatement dans le confort agréable d’une belle maison bourgeoise au Danemark. Nous sommes conviés à partager un repas d’anniversaire pour les 60 ans de Helge, le père de famille, en compagnie de son épouse, de ses enfants et de quelques proches. Le personnel s’affaire aux derniers préparatifs. Le premier arrivé est Christian qui revient dans la maison familiale à cette occasion, après une longue absence. Son frère Michaël débarque bruyamment avec femme et bébé, mais il ne figure pas sur la liste des invités. On lui trouve tout de même une chambre. Enfin Hélène, la soeur, se joint à la fratrie. Nous comprenons très vite qu’il y a une absente, Linda, la soeur jumelle de Christian, enterrée récemment.

Helge est heureux de retrouver ses enfants. Hormis la brutalité immédiate de Michael envers sa femme et le personnel, on a l’impression de rencontrer une famille heureuse.

En plus des invités, le plateau est occupé par la présence de techniciens et de cinéastes qui font partie du dispositif à part entière. Très vite, c’est la présence de l’image filmée qui devient part entière du spectacle . Le hors champ théâtral que constitue le film nous permet de vivre une réalité augmentée du cadre de la scène, en suivant au plus près ce qui se joue en arrière plan ou sur les visages, en gros plan. De récentes mises en scène nous avaient familiarisé avec l’utilisation de la vidéo, comme Les Damnés d’Ivo van Hove ou plusieurs spectacles Krzysztof Warlikowski. Mais l’image devenait alors la loupe de ce qui se jouait sur scène. Chez Cyril Teste, l’image filmée fait voir l’invisible. L’invisible du direct, qui se passe devant nous, mais aussi l’invisible du passé, celui du fantôme de Linda, la soeur disparue.

Cette prouesse technique nous permet, sans nous distraire un instant, de plonger totalement dans le drame qui se joue devant nous. Le repas d’anniversaire devient le cadre de révélations qui vont faire éclater une vérité jusque là indicible. Et petit à petit la photo de famille va se déchirer.

Christian, que l’on pensait plus calme et posé que son frère, va se libérer de la mort de sa soeur, en conquérant la loi que son père dictait jusque là. Ce père que l’on découvre violeur et pervers, a abusé de ses plus jeunes enfants, les jumeaux. Linda n’avait pas quitté le foyer comme son frère Christian et le harcèlement récurrent du père a eu raison de sa vie, qu’elle a décidé d’interrompre en se suicidant.

La force de ce spectacle, servie par des acteurs extraordinaires (ils méritent d’être tous citer mais on ne dira que le nom du formidable Mathias  Labelle qui incarne Christian), sa force réside aussi dans les raisonnances incroyablement actuelles du texte et des situations. Le film Festen, a été écrit et réalisé par le même Vintenberg il y a 20 ans. Le racisme exprimé à l’encontre du fiancé black d’Hélène,  le comportement machiste et violent de Michaël vis à vis de sa femme, les humiliations à l’encontre du personnel pourraient s’entendre aujourd’hui. Et malheureusement également, le déni juste abasourdissant de la mère vis à vis des actes criminels de son mari.

Famille je vous hais, pourrait s’intituler ce spectacle, un très grand spectacle.

Festen, de Thomas Vinterberg et Mogens Rukov. Mise en scène : Cyril Teste. Ateliers Berthier de l’Odéon-Théâtre de l’Europe, 1, rue André-Suarès, Paris 17e. Du mardi au samedi, à 20 heures ; dimanche à 15 heures. Jusqu’au 22 décembre. www.theatre-odeon.eu

Diane a les épaules

Diane a les épaules réalisé par Fabien Gorgeat est un premier film attachant qui traite avec humour et délicatesse d’un sujet compliqué, la gestation pour autrui, appelée GPA. affichediane_dbdeskDiane, incarnée par une Clotilde Hesme lumineuse, a accepté de porter un enfant pour un couple de garçons, ses potes, Jacques et Thomas, sans aucune contrepartie….

Ecoutez ma chronique diffusée sur Radio Néo

www.diane a les épaules/.webloc

Laurence Gavron, réalisatrice et écrivain

une interview  sur Radio Néo à propos de sa double actualité : la sortie de son dernier livre, « Fouta Street »(éditions du Masque, lauréat du Prix du roman d’aventures) et la projection de l’un de ses documentaires, « Juifs noirs, les racines de l’olivier » (projection au Musée d’art et d’histoire du Judaïsme, dimanche 19 novembre à 17h30)

interview à partir de la minute 30

Un nouveau journal se prépare

AOC, un nouveau journal dès janvier.AOC est un quotidien d’auteurs. Conçu par des journalistes, il est écrit par des chercheurs, des écrivains, des intellectuels, des artistes et… des journalistes.AOC entend prendre de la hauteur. Tenter de remettre un peu de verticalitédans un espace public désormais destructuré et horizontalisé en publiant des textes qui visent autant que possible à (re)faire autorité et à structurer le débat.

AOC est l’acronyme d’Analyse Opinion Critique.

AOC publie, du lundi au vendredi, trois articles par jour : une Analyse, une Opinion et une Critique.

Analyses : des textes s’appuyant sur des compétences spécifiques, écrits par des chercheurs ou des journalistes spécialisés ayant une connaissance fine du sujet.

Opinions : des textes engagés, informés et étayés défendant une position avec brio, écrits en tant que citoyens par des chercheurs, des intellectuels, des artistes, des journalistes.

Critiques : des textes proposant un regard sur une ou plusieurs œuvres culturelles, dans un format long que l’on ne trouve quasiment plus dans la presse quotidienne ou hebdomadaire.

AOC publie donc chaque jour trois textes relativement longs, dont la programmation est en relation directe avec l’actualité. Si elle est souvent nécessaire, l’expertise n’est pas une condition suffisante pour écrire dans AOC : les textes doivent être éclairés, argumentés mais aussi écrits de manière à procurer un vrai plaisir de lecture.

AOC publie le samedi un grand entretien d’idées ou de parcours biographique selon les cas.

AOC publie le dimanche un texte littéraire, le plus souvent une nouvelle, alternant entre les écrivains déjà très reconnus et des auteurs à découvrir, parfois même débutants.

AOC est un journal quotidien en ligne accessible uniquement par abonnement.

AOC est un quotidien imprimable facilement, pour ceux qui préfèrent le papier.

AOC sera publié quotidiennement et sept jours sur sept à partir de janvier 2018.

Pour rester informé du projet, cliquez ici www.aoc.media

Sylvain Bourmeau & Raphaël Bourgois, pour AOC

 SOUTENEZ AOC  https://www.kisskissbankbank.com/aoc

À quoi servira la collecte ?

AOC est un micromédia. Son point d’équilibre se situe autour de 10 000 abonnés. Pour atteindre d’ici deux ans cet objectif, AOC entend s’appuyer sur un socle de lecteurs fondateurs, associés au projet dès l’origine.

Ce sont ces lecteurs fondateurs que KissKissBankBank va nous permettre de réunir dans le mois qui vient.

En devenant dès maintenant un lecteur fondateur d’AOC vous allez contribuer de manière décisive au lancement de ce nouveau journal.

 

Etranger résident, la collection de Marin Karmitz à la Maison Rouge

Ce qui me plaît infiniment dans la photographie, c’est qu’une image soit capable de me raconter le monde  a déclaré Marin Karmitz.

« Raconter le monde », c’est exactement ce qui est à l’oeuvre dans le parcours de l’exposition Etranger résident où l’on découvre sa collection d’art et de photographie à la Maison Rouge à Paris. Une traversée  bouleversante de l’histoire du XXème siècle.

Exposition Etranger résident, jusqu’au 21 janvier 2018  La Maison Rouge, 10 bd de la Bastille – 75012 Paris

ma « Chronique d’un autre âge » diffusée sur Radio Néo en cliquant sur ce lien :

Etranger Résident, la collection de Marin Karmitz

Bande-annonce / exposition « Etranger résident, la collection Marin Karmitz » by la maison rouge – Dailymotion

 

Carré 35, un film d’Eric Caravaca

« Carré 35 est un lieu qui n’a jamais été nommé dans ma famille ; c’est là qu’est enterrée ma sœur aînée, morte à l’âge de trois ans. Cette sœur dont on ne m’a rien dit ou presque, et dont mes parents n’avaient curieusement gardé aucune photographie. C’est pour combler cette absence d’image que j’ai entrepris ce film. Croyant simplement dérouler le fil d’une vie oubliée, j’ai ouvert une porte dérobée sur un vécu que j’ignorais, sur cette mémoire inconsciente qui est en chacun de nous et qui fait ce que nous sommes. » Eric Caravaca

 Carré 35 est un film bouleversant d’humanité. En menant son enquête pour comprendre pourquoi un silence assourdissant a entouré l’existence de sa soeur Christine, Eric Caravaca nous entraine dans l’intimité de sa famille, le couple de ses parents rayonnant sur des images super 8 en couleur, lors de leur mariage dans leur Maroc natal. Sa mère, une très belle femme, a accepté d’être filmée pour le documentaire, mais ses mots témoignent, tout au long de l’entretien, du déni total du handicap de sa petite fille trop tôt disparue. Elle s’est construit sa vérité, sa réalité concernant cet enfant. Il est troublant d’apprendre par le frère d’Eric Caravaca que leur mère a aimé changer de prénom en fonction des lieux où ils habitaient, comme si chaque période de sa vie était une manière de se réinventer. Le réalisateur inscrit en parallèle cette histoire familiale dans l’histoire de la colonisation, ce qui lui fait dire « une petite fille était morte, la colonisation mourrait aussi ». Les images d’archives familiales sont présentes ainsi qu’une belle recherche d’archives historiques qui  enrichissent le film. Notamment des images d’archives nazies en faveur de l’eugénisme, qui sont à la limite de l’insoutenable. Avec une pudeur magnifique,  le réalisateur, porté seulement par la musique de Florent Marchet, filme sans un mot sa mère sur la tombe de Christine où elle n’était jamais revenue. Réalisées en super 8, comme le film du mariage de ses parents, ces dernières images bouclent une même histoire, celle d’une famille réunie à nouveau.

 

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